Réarmement européen : la BCE agite le spectre d'un retour de la crise de la dette souveraine
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Jana Rodenbusch
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La Banque centrale européenne (BCE) a lancé un avertissement clair ce mercredi : l'augmentation substantielle des dépenses de défense envisagée par plusieurs États de la zone euro, face à la persistance du conflit russo-ukrainien, pourrait raviver de profondes inquiétudes quant à la soutenabilité de leurs dettes souveraines. Cet avertissement, contenu dans le dernier rapport semestriel sur la stabilité financière de l'institution, souligne la complexité de la situation économique actuelle, où la nécessité de renforcer la sécurité se heurte à des équilibres budgétaires déjà précaires.

Dépenses de défense et service de la dette dans la zone euro
de 2024 à mars 2025, en pourcentage du PIB (sources : Otan et BCE)
L'institut monétaire pointe du doigt le financement par l'endettement de ces investissements militaires, d'autant plus préoccupant dans un contexte de taux d'intérêt plus élevés. Selon la BCE, une telle dynamique, si elle n'est pas accompagnée d'une croissance économique robuste et durable, pourrait sérieusement compromettre les efforts de consolidation budgétaires requis par le nouveau pacte européen. Le spectre d'une recrudescence des inquiétudes sur la dette, comparable à celle vécue il y a une décennie lors de la crise de la zone euro ou plus récemment durant la pandémie de Covid-19, plane sur les marchés.
Quatre des principales économies de la zone euro, la Belgique, l'Italie, l'Espagne et la France, affichent déjà un niveau d'endettement public supérieur à 100 % de leur PIB. La France, en particulier, se trouve dans une position délicate, cumulant le déficit public le plus élevé de la zone euro (5,8 %) et un endettement de 113 % du PIB. L'objectif affiché par Paris de porter ses dépenses de défense de 2 % à 3,5 % du PIB d'ici à 2030, représentant 120 milliards d'euros par an - soit le double du niveau actuel -, pose un défi budgétaire colossal.
Ces investissements, bien que potentiellement stimulants pour l'économie s'ils sont réalisés au sein de l'Union européenne, risquent dans le même temps d'alourdir des finances publiques déjà fragiles. Les séquelles de la pandémie de Covid-19, combinées à la hausse des coûts d'emprunt, ont déjà mis à rude épreuve la capacité des États à maîtriser leur dette. La perspective d'une augmentation significative de l'offre d'obligations souveraines sur les marchés, alors que la BCE a cessé ses achats de dettes publiques, ajoute une couche d'incertitude.
La BCE insiste sur l'importance de la capacité des investisseurs à absorber ces émissions supplémentaires pour le bon fonctionnement des marchés de la dette souveraine. Un manque d'appétit ou une perception accrue du risque pourraient entraîner une « revalorisation » du risque souverain. Une telle revalorisation aurait des conséquences en cascade, potentiellement « se propager » au secteur privé et bancaire.
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Cette contagion se matérialiserait par des dégradations de notation pour les États les plus exposés, entraînant mécaniquement une hausse de leurs coûts de financement. Mais au-delà des États, les entreprises et les banques, dont la santé financière est intrinsèquement liée à celle de leur pays d'origine, subiraient également les contrecoups de cette dynamique. Une hausse des coûts de financement pour les acteurs privés freinerait l'investissement, la consommation et, in fine, la croissance économique, créant un cercle vicieux où la nécessaire relance des économies serait entravée par le fardeau de la dette.
(Avec AFP)
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