OPINION. « Écologie : autopsie d'un désastre », par Sébastien Barles, adjoint au Maire de Marseille
Par Sébastien Barles

Sébastien Barles plaide pour une refondation de l’écologie politique.
LTD/DR
Par Sébastien Barles

Sébastien Barles plaide pour une refondation de l’écologie politique.
LTD/DR
Tandis qu'une offensive de grande ampleur, parfois qualifiée de « carbo-fasciste », s'abat sur le monde contre la prise en compte de l'urgence climatique et écologique, on assiste au spectacle d'une écologie politique en lambeaux, comme stérilisée et sidérée. La déconfiture des écologistes s'inscrit certes dans ce contexte de reflux et de contre-offensive culturelle forte, tutoyant le déni climatique, d'une partie de la classe politique et médiatique.
Des résistances se font jour en termes de mobilisation citoyenne et associative à l'instar de l'inattendu succès de la pétition citoyenne contre la scélérate loi Duplomb. Mais l'écologie politique a sa part de responsabilité et semble exsangue face à cette fièvre identitaire et climaticide. Cette vague « carbo-fasciste » nous rappelle que l'écologie est une vérité qui dérange, qui nous oblige à changer radicalement nos modes de production et de consommation en remettant en cause l'ordre libéral-productiviste. Alors que nous arrivons au terme d'une séquence, celle des accords de Paris et de l'éclosion internationale de la génération climat, les Écologistes pensent convaincre en étant sages et en se normalisant.
Au-delà du rôle central et appréciable qu'a pu jouer Marine Tondelier lors de la naissance du NFP et la séquence des législatives, Les Écologistes sont exsangues, ne formant plus les militants, ne travaillant plus sur de nouveaux horizons émancipateurs, de nouveaux récits et ne portant pas d'imaginaires faisant face aux passions tristes des chantres du repli identitaire et du déni climatique. Pourtant, durant ses premières décennies d'existence, le parti écologiste a été lanceur d'alerte mais aussi un mouvement pionnier appliquant en premier la parité dans le champ politique, prônant des avancées sociétales comme le mariage pour tous ou le revenu de base.
Une coupure s'est opérée avec la jeunesse activiste, avec les créatifs et faiseurs de l'écologie en actes et en mouvement et avec la foisonnante galaxie de l'école intellectuelle du vivant. Ce mouvement s'est ringardisé mettant sa créativité au vestiaire et semble aujourd'hui pour beaucoup d'écologistes dépassé, gangrené par de stériles et picrocholines guerres internes.
Pire, un sentiment de « à quoi servent les Écologistes » commence à émerger tant on a du mal à percevoir ce qu'ils portent collectivement aujourd'hui. De même, alors qu'ils auraient pu inventer une forme d'écologisme municipal, autour de mesures mises en place dans les villes vertes conquises en 2020, rien ne ressort de symphonique malgré le travail de ces municipalités.
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Le récent changement de nom du mouvement phare de l'écologie politique souhaitant se baptiser Les Ecologistes est révélateur également d'une impasse dans le fait de vouloir embrasser trop large. Or, il n'y a pas une écologie mais bien des écologies dans le champ politique. Les dernières élections européennes ont sonné le glas également d'une écologie politique bouillonnante sachant rassembler des personnalités aussi diverses que José Bové ou Eva Joly.
Elle s'est institutionnalisée (pour ne pas dire PRGisée) gagnant des grandes villes, étant représentée par des groupes politiques à l'Assemblée nationale et au Sénat. Elle s'est repliée sur ces élus, négligeant le dialogue avec celles et ceux qui au quotidien pensent l'écologie, luttent contre de grands projets climaticides, inventent de nouveaux modèles d'atténuation et d'adaptation au bouleversement climatique ou expérimentent de nouvelles utopies concrètes à l'instar de la sécurité sociale de l'alimentation, des communautés locales citoyennes d'énergie ou du revenu de transition écologique.
Un sursaut doit avoir lieu pour faire face aux attaques de plus en plus violentes et pour que l'écologie politique retrouve une boussole. Une recomposition de l'écologie politique s'impose pour bâtir un vrai front social large écologiste et radical.
L'écologie d'accompagnement n'est qu'un pansement sur une jambe de bois. L'écologie punitive est celle du renoncement, de la procrastination, du laisser-faire, laisser aller... Seule une écologie de transformation sociale et environnementale saura nous permettre de vivre mieux en paix et d'éviter l'effondrement de notre humanité. Clarifier la ligne du mouvement écologiste en lui donnant un cap clair est essentiel. Il existe une écologie d'accompagnement, soluble dans l'ordre libéral et globalisé actuel qui parie sur la croissance verte, le techno-solutionnisme et la régulation incitative pour faire face à la crise écologique globale. Celle-ci est partagée par une grande partie de la classe politique.
Et puis, il y a une écologie de transformation, de combat, de libération, d'émancipation qui souhaite une rupture avec le modèle dominant et l'émergence d'une autre économie relocalisée, pariant sur le low-tech, fondée sur le partage, la circularité, la fonctionnalité, la résilience. Une économie coopérative où sphère publique, privée et scientifique tissent des alliances pour faire face au défi du siècle. Ce qui légitime la présence d'une force écologiste autonome c'est pour porter cette voie, tracer un sillon radical-réformiste d'une écologie populaire fondée sur la justice climatique.
Le partenaire politique privilégié de cette force écolo radicale à venir est la France Insoumise avec laquelle il convient de fédérer le peuple de cette écologie de combat et de créativité avec les intellectuels repensant notre rapport au vivant et avec celles et ceux qui luttent sur nos territoires. Il conviendra également de créer à l'échelle régionale des mutuelles d'expertise juridique et scientifique permettant d'offrir aux associations et collectifs locaux par un outil mutualisé l'accès à de l'expertise juridique et scientifique pour mener des batailles victorieuses face aux destructeurs du vivant et aux pollueurs.
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Il nous faut enfin pour faire face au pouvoir destructeur des lobbies et à leur capture scientifique et réglementaire, mettre en place des maisons des lanceurs d'alerte dans chaque métropole pour protéger les défenseurs de l'intérêt général et mettre la lumière sur les lobbies qui nous intoxiquent et les tenants de féodalités clientélaires. L'écologie est aujourd'hui à un point de bascule. Une refondation s'impose autour d'une écologie sociale, d'une écologie populaire, d'une écologie de combat.
Il y'a urgence car la menace d'un fascisme fossile est bien là.
Par Sébastien Barles