OPINION. « Le dilemme de la croissance face au dérèglement climatique ! »
Gérard Fonouni-Farde

Photo d'illustration
DR
Gérard Fonouni-Farde

Photo d'illustration
DR
Nous sommes désormais entrés dans l'urgence climatique. Hausse des températures, sècheresses, incendies dévastateurs notamment dans l'Aude, inondations ravageuses, acidification des océans, fonte des glaces et accélération de la perte de la biodiversité, sont quelques manifestations visibles et concrètes du dérèglement climatique qui ne cessent de s'accumuler.
L'attention portée sur la protection de l'environnement a beaucoup progressé. Et pourtant, les mobilisations contre le changement climatique restent encore globalement faibles dans les actes malgré les différents sommets mondiaux, et malgré les différentes tribunes des scientifiques. Ces mobilisations restent encore faibles, bien qu'une prise de conscience citoyenne devienne de plus en plus grandissante. Le passage de la prise de conscience à celle de l'action n'est pas réellement franchi.
Sous le poids de notre activité économique, la destruction de l'environnement va toujours beaucoup plus vite que la construction écologique. De temps à autre, l'ampleur d'une catastrophe nous émeut et nous fait réagir, mais le quotidien reprend bien vite son cours. Il continue de nous enfermer dans cette course effrénée où le « toujours plus » prime sur le « toujours mieux ». Nous nous sommes habitués à rechercher le bien-être dans la croissance intensive. Nous y sommes tellement habitués que nous croyons qu'il est impossible de vivre autrement. Pourtant, lorsque la nature souffre, c'est toute l'humanité qui souffre.
Aujourd'hui, face à ce risque climatique qui met en péril toute l'humanité, nous devons aller plus loin et plus vite.
L'ampleur de la dégradation de l'environnement est telle que la question n'est plus seulement scientifique, elle est dès à présent, politique voire sociétale. Elle nécessite des changements substantiels dans le fonctionnement des économies, des changements dans nos modes de production et de consommation. La nature ne doit plus être considérée en économie, comme un simple facteur de production au même titre que le capital et le travail. Le changement climatique ne doit plus être envisagé seulement comme une externalité négative de notre modèle de croissance. Il doit être désormais pris en compte dans l'activité économique afin d'évaluer et de percevoir réellement la gravité du risque environnemental.
Il doit servir de critère de convergence pour conduire la politique de croissance des pays. Intégrer cette contrainte écologique dans les politiques publiques, permettrait à chaque gouvernement de retrouver sa capacité à orienter l'activité économique dans l'intérêt général plutôt que de la gérer sous la pression de divers lobbys industriels servant des intérêts privés et se souciant peu du bien public mondial qu'est notre planète.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Le principal enjeu consiste aujourd'hui à construire un nouveau modèle de croissance permettant de satisfaire nos besoins sans compromettre ceux de la génération future. Un nouveau modèle ayant pour finalité l'épanouissement de l'humanité.
Préparer l'avenir des générations futures, implique de tracer les voies de cette nouvelle forme de croissance économique faisant de l'enjeu climatique et de la justice sociale une priorité absolue des politiques économiques. À cet égard, les Pouvoirs publics de chaque pays devraient mettre en œuvre un programme d'investissements publics ambitieux garantissant leur engagement immédiat et définitif dans la transition écologique.
Cette planification écologique inciterait ainsi les entreprises à investir massivement à leur tour dans les énergies renouvelables ou encore à investir sans risque dans de nouvelles activités économiques respectueuses de l'environnement. Elle les encouragerait à développer le progrès technologique préservant la nature pour le bien-être de tous. Cette action collective est essentielle pour transformer notre économie afin qu'elle puisse continuer à prospérer sans être obligée d'affaiblir la planète.
C'est pourquoi nous avons tous intérêt à agir collectivement pour endiguer le dérèglement climatique.
Cependant, notre modèle économique fondé sur « l'homo economicus », nous fait croire que le bonheur individuel dépend du « toujours plus » plutôt que du « toujours mieux ». C'est pourquoi nous avons tous, également intérêt pour maximiser notre bien-être individuel à court terme, à perpétuer nos habitudes de consommation et de production.
Face à ce dilemme de la croissance, que les économistes qualifient de « dilemme du prisonnier », les États privilégient leur propre intérêt à celui de la planète.
Or, tant qu'ils resteront cantonnés dans leurs choix individuels et tant qu'ils n'auront pas dépassé le dogme d'une croissance infinie du P.I.B., leurs engagements pris lors des sommets mondiaux, ne seront pas à la hauteur des enjeux climatiques.
Il est désormais capital que les États repensent leur modèle de croissance pour relever le défi climatique !
_______
(*) Gérard Fonouni-Farde est professeur agrégé émérite d'économie. Il est notamment l'auteur de L'économie en quatre leçons, paru chez L'Harmattan en 2022.
Gérard Fonouni-Farde