Les actes antisémites portés, dans les pays occidentaux, par l’extrême gauche incitent à repenser les outils de lutte, souligne Pierre-André Taguieff.On s'interroge à juste titre, ces dernières années, sur l'apparition dans l'espace public, en France tout particulièrement, de multiples indices de ce qu'on appelle la « montée de l'antisémitisme », formule figée qui renvoie à des réalités fort différentes, allant des attentats terroristes d'inspiration jihadiste et des agressions physiques visant des Juifs à des insultes, des menaces et des appels à la haine ou à la violence contre les Juifs ou les « sionistes ».
On s'y réfère ordinairement, dans l'espace public, par des expressions telles que « faits antisémites » ou « actes antisémites », qui englobent confusément invectives, tags, dégradations de lieux ou de monuments symboliques et agressions physiques. On confond ainsi les attitudes, les discours et les comportements. Lesdits « actes antisémites » font l'objet de recensements et de chiffrages qui ont pour principal effet de faire peur aux Juifs de France et d'autres pays européens.
Simultanément, ce qu'il faut bien appeler la « question antijuive », sous diverses formes, a fait irruption dans les débats politiques et médiatiques ainsi que sur les réseaux sociaux. Les Juifs, qu'ils soient désignés comme tels ou non (« sionistes », « Israéliens », etc.), sont redevenus un « problème ».
Ce qui singularise l'irruption de cette nouvelle vague de judéophobie, c'est le fait qu'elle vient pour l'essentiel, dans les pays occidentaux, de l'extrême gauche et des milieux de la gauche gauchiste, c'est‑à-dire d'une gauche politique et intellectuelle qui, tout en se disant modérée et en se voulant respectable, se rallie aux thèmes idéologiques néo-gauchistes.
Par Pierre-André Taguieff, philosophe, historien des idées, directeur de recherche au CNRS