OPINION. « La solidarité internationale n’est pas un luxe mais une nécessité », par Dominique Potier, député PS de Meurthe-et-Moselle, et Éléonore Caroit, députée RE des Français de l’étranger
Face aux attaques contre l’aide publique au développement, les députées Dominique Potier (PS) et Éléonore Caroit (RE) rappellent que la solidarité internationale est à la fois un devoir moral et un levier stratégique pour la paix, la stabilité et l’influence de la France. Pour elles, réduire cet engagement serait une erreur qui affaiblirait notre pays sur la scène mondiale.
Dominique Potier
Dominique Potier (PS) et Éléonore Caroit (RE) rappellent que la solidarité internationale est un devoir moral et un levier pour la paix, la stabilité et l’influence de la France.
LTD/Gonzalo Fuentes/Reuters/Niviere David/ABACA via Reuters
L'administration Trump a annoncé la suppression de 92 % des financements de programmes à l'étranger par l'USAid, l'agence américaine de développement. Comme en écho, l'extrême droite française et européenne poursuit une offensive brutale contre l'aide publique au développement dans notre pays.
Dans un monde marqué par les crises et les défis globaux, la France a une place à tenir, fidèle à ses valeurs humanistes et républicaines. L'aide publique au développement [APD] est l'incarnation de notre engagement pour un monde plus juste et plus durable. Pourtant, certains prônent aujourd'hui un repli national, suggérant que la France devrait réduire voire arrêter ses efforts de solidarité internationale. Ce serait une erreur stratégique et une trahison de nos principes.
La solidarité internationale n'est pas un luxe, mais une nécessité. La France, qui est une des nations les plus prospères du monde, ne peut ignorer les besoins des pays les moins avancés. Elle doit être à la hauteur de ses responsabilités historiques et morales. Remettre en question notre aide, c'est renier notre histoire et l'ambition d'une nation qui entend porter haut les idéaux de justice et de fraternité.
Mais l'APD n'est pas seulement un devoir moral : c'est aussi un levier stratégique pour la paix et la stabilité mondiales. Nous vivons dans un monde interdépendant. Les défis climatiques, la lutte contre la pauvreté, l'accès à l'éducation ou encore la sécurité alimentaire ne s'arrêtent pas aux frontières.
Face à la multiplication des crises humanitaires et écologiques auxquelles le monde fait face aujourd'hui, l'APD doit plus que jamais être considérée comme un investissement d'avenir. Investir dans le développement, c'est prévenir les crises migratoires, sécuritaires et environnementales qui, tôt ou tard, nous affectent tous. Agronomie, santé, urbanisme, innovations technologiques : chaque action de codéveloppement est une opportunité d'enrichissement culturel et scientifique mutuel.
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
Affaiblir notre aide au développement, c'est tourner le dos à notre responsabilité et réduire notre rayonnement dans le monde.
La France doit être une nation exemplaire dans la mobilisation internationale pour le développement, le climat et la biodiversité. Une France qui se désengage de la solidarité internationale affaiblit sa propre influence et met en péril son avenir.
Pour relever ces défis, nous avons un agenda commun, avec les objectifs de développement durable [ODD], et un outil public puissant : l'Agence française de développement [AFD]. L'AFD est un établissement public qui appartient à tous les citoyens français, qui sont représentés au conseil d'administration par huit parlementaires.
Cette représentation est paritaire et reflète toutes les nuances politiques du Parlement français. C'est une agence ouverte et transparente qui, à travers ses capacités techniques et financières, œuvre au service de l'intérêt général et de notre responsabilité collective.
En 2023 par exemple, l'AFD a financé 7,5 milliards d'euros de projets climatiques, contribuant à éviter l'émission de 10 millions de tonnes de CO2. Cette dynamique est relayée sur le terrain par des milliers d'initiatives associatives et de coopération décentralisée qui enracinent ce combat dans chacun de nos territoires.
Enfin, rappelons que la politique de solidarité internationale de la France s'inscrit dans la loi du 4 août 2021, adoptée à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Nous sommes redevables de cette promesse. Ce consensus souligne l'importance fondamentale de notre action envers les pays en développement et renforce la légitimité de notre engagement.
Affaiblir notre aide au développement, c'est tourner le dos à notre responsabilité et réduire notre rayonnement dans le monde. Nous devons au contraire être fiers de cet outil. Être français et européens, c'est défendre des valeurs universelles et un modèle humaniste de développement. Ne cédons pas à la tentation du repli : faisons de la solidarité une force au service de la France, de l'Europe et d'un monde en commun.