« J'ai l'impression d'être abandonné et de payer parce que je suis Français », se lamente Théo Clerc, 38 ans, au téléphone avec son frère Charlie depuis la prison de Kurdexani Turmesi, au nord-est de Bakou. Ce 2 novembre, il vient d'apprendre qu'Ismael De Saint-Quentin et P. Han Paul, ses deux amis arrêtés en même temps que lui par la police, avaient pu quitter le pays. Il y a quelques semaines, il a été condamné à trois ans de prison pour avoir fait un graffiti sur une rame de métro de Bakou. Les deux autres ont écopé d'une simple amende pour les mêmes faits. La différence entre les trois artistes graffeurs ? Leur nationalité. Les deux autres sont respectivement néo-zélandais et australien. Arrêtés fin mars, ils avaient tardé à être jugés, mais un événement a précipité les choses.
Le 4 septembre, le ministère des Affaires étrangères français publie un communiqué : « Il est désormais déconseillé sauf raison impérative aux ressortissants français, y compris binationaux, de se rendre en Azerbaïdjan. Les ressortissants français [...] s'exposent à un risque d'arrestation, de détention arbitraire et de jugement inéquitable [...]. » Bakou enrage et, six jours plus tard, un tribunal condamne Théo Clerc à trois ans de prison ferme. Dans la foulée, le Quai d'Orsay dénonce « le traitement arbitraire et ouvertement discriminatoire dont est victime notre compatriote ». « Et depuis, plus rien », se désole Charlie Clerc. Il y a dix jours, 40 personnes se sont réunies près de l'ambassade d'Azerbaïdjan à Paris pour diffuser un message : « #FreeTheo, un appel pour la justice et la clémence ». « On sait que Théo est emprisonné parce qu'il est français, mais on ne peut plus rester sans rien faire », explique son frère.