Pourquoi de nombreux dirigeants importants ne viendront pas à la COP29

La COP29 démarre ce lundi à Bakou, en Azerbaïdjan.
Reuters

La COP29 démarre ce lundi à Bakou, en Azerbaïdjan.
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À trois jours du début de la COP29, la liste des dirigeants absents s'est allongée cette semaine. Après Joe Biden, Lula, Xi Jinping et Olaf Scholz, voilà qu'Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Emmanuel Macron ont annoncé ne pas venir à la conférence onusienne pour le climat, qui se tient cette année à Bakou en Azerbaïdjan.
En revanche, le Premier ministre britannique Keir Starmer et l'Espagnol Pedro Sanchez seront bien sur place, parmi la centaine d'autres dirigeants qui ont confirmé leur présence.
Pourquoi tant d'absences pour des dirigeants politiques au poids politique non négligeable ? Les raisons divergent en fonction des chefs d'Etat, et ne sont pas toutes communiquées explicitement. Selon la presse américaine, pour le président des Etats-Unis - déjà absent l'année dernière (mais présent aux COP de 2021 et 2022) - est évoquée la décision de se concentrer sur les affaires américaines internes. Tout particulièrement la passation de pouvoir avec le républicain Donald Trump.
« Je pense aussi qu'avec le retour de Trump, à qui Joe Biden doit céder le pouvoir en janvier prochain, la crédibilité des négociateurs américains à cette COP29 va être compliquée. Cela a dû jouer dans sa décision », précise François Gemenne, politologue et co-auteur dans le 6e rapport du GIEC.
Pour Xi Jinping, président de la République populaire de Chine (premier émetteur de CO2 mondial, devant les Etats-Unis), cette « non présence » est plutôt habituelle. Le dirigeant ne s'est pas rendu à une COP depuis huit ans, préférant, en plus de sa délégation de négociateurs, envoyer des représentants politiques de haut niveau. Cette année, c'est donc son vice-Premier ministre, Ding Xuexiang, qui représentera Xi Jinping sur le plan politique.
Pour Luiz Inácio Lula da Silva (rappelons que le Brésil accueille la COP30 l'année prochaine), l'annulation de sa participation serait liée à une blessure à la tête, selon l'agence de presse Reuters. Celle-ci lui aurait causé « une petite hémorragie cérébrale », bien que son état soit « stable ». La santé du président brésilien l'avait déjà empêché de se rendre en Russie pour le sommet des BRICS fin octobre, et aussi à la COP16 biodiversité en Colombie.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

L'absence de la présidente de la Commission européenne est, elle, bien plus remarquée, d'autant que la dirigeante est l'instigatrice du « Pacte vert », feuille de route environnementale permettant à l'UE d'atteindre la neutralité carbone en 2050. « La Commission est dans une phase de transition, et la présidente va donc se concentrer sur ses tâches institutionnelles », a déclaré à la presse un porte-parole de l'exécutif bruxellois.
Ce que déplorent plusieurs ONG, qui estiment que cette décision est un mauvais signal envoyé à propos du leadership européen sur le climat. Le commissaire au Climat, Wopke Hoekstra, et la commissaire à l'Energie, Kadri Simson, la représenteront, aux côtés des négociateurs de l'UE.
Quant au chancelier allemand Olaf Scholz, l'annulation de sa présence a été annoncée jeudi, en raison de la chute de sa coalition gouvernementale cette semaine, déclenchant une crise politique.
Qu'en est-il d'Emmanuel Macron, dont on a appris l'absence mercredi par la voix de sa ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher ? « Nous avons des relations complexes, ''compliquées'' en langage diplomatique, avec l'Azerbaïdjan », a notamment expliqué la ministre, qui s'exprimait devant la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat.
Depuis la condamnation française de l'offensive militaire azerbaïdjanaise contre les séparatistes arméniens du Haut-Karabakh en septembre 2023, les relations entre la France et l'Azerbaïdjan sont tendues. L'Hexagone est historiquement proche de l'Arménie, le rival historique de la nation azérie. Par ailleurs, selon un récent rapport de l'ONG Human Rights Watch, le régime azerbaïdjanais a intensifié sa répression contre ses opposants politiques, en vue de la COP29. Une situation que la diplomatie française n'apprécie guère.
Pour autant, d'après une source du ministère de la Transition écologique, « la France, héritière de l'Accord de Paris, reste engagée dans les négociations climatiques ». La ministre de la Transition écologique, en charge de celles-ci, « participera donc à la COP29 », et sera accompagnée de toute la délégation des négociateurs français. Mais avec une nuance tout de même, d'après la même source : « La ministre ne sera présente que du 21 au 24 novembre sur place, pour la phase finale de la négociation. » Agnès Pannier-Runacher ne sera donc pas là « pour les séquences diplomatiques organisées par l'Azerbaïdjan, et en premier lieu l'ouverture de la COP ».
Pour François Gemenne, il convient de nuancer les chaises vides laissées par tous ces chefs d'Etat : « C'est vrai que leur présence donne du poids politique aux COP. C'est mieux lorsqu'ils sont là. Mais il faut aussi se souvenir que cela n'a pas été tout le temps cas. Leur absence n'empêchera pas les délégations nationales de négocier, voire de trouver un accord. »
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Et Marta Torres-Gunfaus, directrice du programme climat de l'Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI), de conclure : « Le sujet de la finance climat pourra aussi être abordé lors du prochain G20, qui se tient à Rio au Brésil du 18 au 19 novembre. Cet espace politique pourrait s'avérer être complémentaire à la COP29. »