Dans le premier tome de ses Mémoires, paru en 2018, Jean-Marie Le Pen évoque le réconfort des mois de janvier de son enfance à La Trinité-sur-Mer. La rudesse des températures contraignait son père, marin-pêcheur, à rester à quai. Il en profitait pour retaper son matériel. « Nous travaillions ensemble le soir, après la classe - la nuit tombe vite en hiver, peut-on lire. Je faisais mes devoirs, tandis que mon père faisait ses filets et ma mère du tricot. » C'est dans la même fraîcheur de janvier, bruineuse puis ensoleillée, que le leader d'extrême droite a pris congé de sa commune natale. Hier, dans le sud du Morbihan, les obsèques du père de Marine Le Pen ont eu lieu dans un cadre intime, réservé à la famille et à ses très proches. Du moins était-ce l'idée.
La réalité ne ressemble guère aux souvenirs, pittoresques, relatés par le fondateur du Front National dans son autobiographie. Elle ne le peut. La carrière politique du Menhir, si chargée (par lui-même) de scandale, leste les événements d'un lourd fardeau. Même à La Trinité-sur-Mer, qui compte un peu plus de 1 700 âmes, les habitants s'inquiètent. Y aura-t-il des troubles ? Des militants anti-RN voudront-ils perturber l'événement ? Combien d'admirateurs revendiqués, à la radicalité gênante, se glisseront parmi les badauds ?
« Ici, tout le monde reste dans sa bulle, c'est surtout potins et ragots, grinçait vendredi une commerçante, la trentaine. Les gens sont tendus mais je pense qu'il ne va strictement rien se passer. » Par précaution, le maire sans étiquette Yves Normand a pris un arrêté prévoyant, « en raison du caractère fortement médiatique » de Jean-Marie Le Pen, l'interdiction de circuler en voiture dans le centre-ville. C'est là que se situe la petite église Saint-Joseph, à deux pas du domicile familial.
Jules Pecnard, envoyé spécial à La Trinité-sur-mer (Morbihan)