Au printemps, en pleine course pour la présidence des Républicains, Laurent Wauquiez filait un jour la métaphore cycliste face aux députés de son camp. « On peut avoir des concurrents qui crèvent un pneu en cours de route... » L'élu de Haute-Loire pensait à l'épisode Strauss-Kahn de 2011 mais aussi, peut-être, à son rival du moment, Bruno Retailleau. Ce dimanche 18 mai, c'est plutôt lui qui semble avoir perdu ses deux roues et le guidon en prime.
Avec à peine plus de 25% des suffrages militants, Laurent Wauquiez a subi une humiliante défaite face au ministre de l'Intérieur. Ce dernier a remporté son pari : incarner une droite revenue (en partie) au pouvoir, qui plus est au ministère de l'Intérieur, pour séduire les encartés LR. Brandir la participation au gouvernement, même dans des conditions peu idéales, comme gage d'avenir pour sa famille politique.
« Wauquiez s'est trompé d'élection, analyse une conseillère retailliste qui ne s'attendait pas à ce que son candidat l'emporte avec trois quarts des voix, il a parlé au noyau dur, celui qui est sur la ligne d'Éric Ciotti, la plus à droite. Et en fait, les nouveaux adhérents ne sont pas venus pour ça. »
L'ancien dauphin de Philippe de Villiers entame une phase capitale de son parcours personnel. Passé du souverainisme vendéen à l'UMP en passant par l'œcuménisme modéré du Sénat, le voilà désormais à la tête d'un fragment de la coalition brinquebalante qui dirige le pays. Son score - 74,31%, quasiment identique à celui, en 2017, d'un certain Laurent Wauquiez - lui donne les coudées franches au moins à court terme. Il fera oublier, un temps, la fragilité structurelle des Républicains. Dans les sondages comme dans son spectre idéologique.