LA TRIBUNE DIMANCHE — Dans la nuit de vendredi à samedi, Moody's a dégradé d'un cran la note de la dette française, à Aa3. C'est une première alerte pour François Bayrou ?
DENIS FERRAND — En tout cas, il y a une surprise, car normalement Moody's ne devait pas se prononcer maintenant, mais dans les mois prochains... Le fait qu'elle le fasse plus tôt, dès la nomination du Premier ministre, en évoquant une « fragmentation politique » en dit long. Elle témoigne de ses doutes quant à notre capacité à tenir notre trajectoire de finances publiques. À ce titre, la séquence dont nous sortons est dramatique. Rappelons-nous, lorsque Michel Barnier arrive à Matignon, il évoque 60 milliards d'euros d'économies, un tiers par augmentation des impôts et le reste par réduction de la dépense publique. Au fur et à mesure qu'évolue le débat parlementaire, la tendance s'inverse : deux tiers sur les impôts et prélèvements sur les ménages et les entreprises, et un tiers de coupes dans la dépense publique. C'est bien le signe que même en affichant une détermination forte à rétablir nos comptes, on se heurte à une forme d'inconséquence budgétaire.