Les défaillances d'entreprises des grandes entreprises, celles cumulant plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, ont dépassé un triste record au troisième trimestre cette année.
Les grands groupes ne sont pas épargnés par les défaillances record. L'Europe en tête, souligne une note d'Allianz Trade.
C'est un record dont les milieux d'affaires se seraient bien passés. Les défaillances d'entreprise des grandes entreprises, celles cumulant plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, ont atteint un niveau sans précédent au troisième trimestre cette année, d'après une note d'Allianz Trade. 127 cas de défaillances sont ainsi recensés, soit une augmentation de 42 cas comparés à la moyenne d'avant la pandémie de Covid-19. Au total, les défaillances ont augmenté de 26% par rapport à 2023, avec 344 entreprises défaillantes sur les trois premiers trimestres de l'année.
«Nous sommes vraisemblablement sur une année record sur la décennie depuis qu'on fait cette étude», note Maxime Lemerle, responsable des recherches défaillances chez Allianz Trade.
« Avec 344 cas au cours des trois premiers trimestres, le total de cette année dépasse déjà ceux des années 2015 à 2019, 2021 et 2022 », complète la note de l'entreprise spécialisée dans l'assurance-crédit. Un risque qui, outre l'emploi, va également peser sur les fournisseurs et les sous-traitants.
Dans cette triste course, c'est l'Europe occidentale qui a pris la tête avec six défaillances sur dix. 276 cas sont ainsi à recenser sur les 436 cas des quatre derniers trimestres. Sur le podium, viennent ensuite l'Amérique du Nord avec 73 cas, puis l'Asie-Pacifique avec 62 cas. Concernant les grandes puissances, les Etats-Unis ont enregistré le plus de défaillances (7) au troisième trimestre, puis la Chine (5).
Hausse des taux et effet de rattrapage
Une des premières explications de cette bérézina est à chercher du côté de la hausse des taux. « Le monde sort d'une phase de resserrement monétaire qui a été massif et rapide », souligne Maxime Lermerle. Et malgré la phase d'assouplissement monétaire dans laquelle sont rentrées de nombreux pays, comme l'Europe ou encore les Etats-Unis, « les entreprises continuent à subir les effets des resserrements », complète-t-il.
«Les grandes entreprises sont confrontées à des défis importants, en particulier en Europe. Il s'agit notamment de la situation économique générale, mais aussi des changements structurels dans leurs secteurs et du remodelage des chaînes de valeur et du commerce mondial», ajoute la note d'Allianz Trade.
Autre raison : les entreprises ont fait face à un effet de rattrapage après la fin des mesures de soutien aux entreprises accordées pendant le Covid. Les hausses des prix de l'énergie, surtout en Europe, ont également impacté les sociétés. « Les entreprises font de nouveau face à la réalité, avec une pression sur les coûts qui a augmenté, des pénuries de mains d'œuvre qui obligent les secteurs à remonter les salaires ou encore une plus grande volatilité des coûts des matières premières », énumère le spécialiste.
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Parmi les secteurs les plus touchés, les services et le commerce de détail figurent en tête, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Certaines entreprises ont eu des difficultés à prendre le tournant du e-commerce ou l'ont pris trop tard, précise Maxime Lemerle. Ce dernier illustre son propos par le cas de Tupperware. Le groupe, fragilisé principalement par le commerce en ligne, s'est déclaré en faillite en septembre.
La construction n'a également pas été épargné. Les défaillances dans ce secteur ont particulièrement frappé le continent asiatique ainsi que les services. Une conséquence due aux augmentations de taux d'intérêts, citées plus haut. En Chine, le secteur immobilier a particulièrement été atteint par le durcissement des conditions d'accès au crédit, précipitant de ce fait des poids lourds chinois comme le promoteur Evergrande qui est entré en liquidation judiciaire en janvier.
Un mouvement qui touche toutes les tailles d'entreprises
Au-delà des très grandes entreprises, toutes les tailles sont concernées par ces défaillances record. « De façon générale, tous les secteurs, tailles d'entreprises et régions sont concernés, c'est généralisé », avance Maxime Lemerle.
Au niveau mondial, toute entreprise confondue, le groupe prévoit ainsi une augmentation des défaillances de 11% cette année. Une menace qui pèse sur près de 1,6 million d'emplois en Europe et en Amérique du Nord. « Des pays comme les Etats-Unis ou l'Allemagne ont connu des baisses continues de faillites mais cette tendance s'est fortement retournée sur la période plus récente », observe Maxime Lemerle. Allianz Trade prévoit une hausse de 12% des défaillances pour les Etats-Unis et de 4% pour l'Allemagne.
Rien qu'en France, 65.000 défaillances sont déjà à relever depuis le début de l'année, d'après les statistiques de la Banque de France. Dans une autre note, Allianz prévoit pour 2024 près de 67.000 défaillances.