Il pèse ses mots. Ce sont les seuls qu'il aura. Il les a confiés à La Tribune Dimanche. « Je suis désolé pour la France de ce spectacle affligeant, et désolé pour le président de la République, qui se soumet lui-même à des combinaisons que personne ne peut comprendre », a regretté Nicolas Sarkozy après la nomination par Emmanuel Macron de François Bayrou comme Premier ministre.
Jusqu'où ce choix en faveur d'un homme pour lequel il a une telle détestation provoquera-t-il une cassure entre l'ancien chef de l'État et son successeur ? Dimanche dernier, en fin de journée, Emmanuel Macron, en pleine recherche du remplaçant de Michel Barnier, l'a encore convié à l'Élysée, comme l'a rapporté Le Figaro. Ensemble, ils ont échangé durant presque deux heures. Nicolas Sarkozy lui a fait part de tout le mal qu'il pensait du maire de Pau. Comment, alors que le pays traverse une phase si délicate et a besoin de tant de réformes profondes, promouvoir un ancien ministre de l'Éducation qui incarne à ses yeux le symbole de l'immobilisme ?
Pourquoi désigner un centriste qui a toujours préféré la gauche, notamment en se prononçant lors du second tour de 2012 pour son adversaire, François Hollande, et qui serait de facto rejeté par l'électorat de droite ? Face à Emmanuel Macron, l'ancien chef de l'État milite plutôt pour un Premier ministre plus compatible avec Les Républicains, Sébastien Lecornu. Le ministre des Armées a la confiance du président - Nicolas Sarkozy a compris que ce dernier appréciait peu Michel Barnier, trop attaché à ses prérogatives de chef du gouvernement, et souhaitait un proche Rue de Varenne.