Jeudi, François Bayrou a reçu à déjeuner Jean Castex à Matignon. Parmi les cinq anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron, c'est celui qu'il aime bien, celui dont il se sent le plus proche. Le Béarnais a toujours trouvé que sa manière d'être, quand il occupait les mêmes fonctions que lui aujourd'hui, était la bonne.
La veille, c'est Édouard Philippe qui était à sa table. Dimanche, devant ses troupes réunies à Lille, le patron d'Horizons avait jugé « hors-sol » le conclave sur les retraites voulu par le centriste et ironisé sur le vide du programme gouvernemental. Cela faisait quelques semaines qu'il mûrissait sa réplique. Chez lui, un mot n'était pas passé. Le 2 février, dans La Tribune Dimanche, François Bayrou avait qualifié d'« antinational » le jugement exprimé par le Havrais, en meeting à Bordeaux, sur son incapacité réformatrice.
Deux jours plus tard, lors de la réunion hebdomadaire du groupe Horizons à l'Assemblée nationale à laquelle il participait, l'actuel locataire de Matignon s'était justifié sur l'usage d'un terme si violent : « Je suis rugby. Quand je prends un coup de poing dans la figure, je le rends. » « Ce n'était pas un coup de poing dans la figure, mais un coup sous la ceinture », avait lâché Édouard Philippe, quand on lui avait rapporté peu après son explication. Mercredi, lors de leurs agapes, le Premier ministre lui a donc proposé un cessez-le-feu. « Ce qu'on a retenu de ton week-end, c'était ta phrase contre moi ; ce n'était sans doute pas l'objectif que tu recherchais », lui a-t‑il fait remarquer.