LA TRIBUNE DIMANCHE - « Décision politique », « bombe nucléaire » du « système », « juges tyrans »... Comment analysez-vous les réactions de Marine Le Pen et du RN depuis le jugement du 31 mars ?
JEAN-YVES CAMUS - Pour les adversaires du Rassemblement national, il aurait fallu que Marine Le Pen accepte ce jugement et qu'on passe à autre chose... Il faut bien comprendre que cela n'est pas possible ! Elle vit vraiment ce jugement comme une injustice. Pour Marine Le Pen et ses lieutenants, l'ensemble de l'appareil d'État, des partis politiques, bref, des corps d'autorité, sont ligués contre le RN. Dans cette optique-là, il n'y a qu'une seule possibilité pour se défendre : expliquer non seulement à vos électeurs, mais aussi à ceux que vous tentez d'attirer, que vous êtes victime non pas d'un complot mais d'un ostracisme généralisé. C'est « nous contre le monde entier ». Et quand vous considérez, comme le RN, que le peuple est au-dessus de tout, presque divinisé, personne ne peut vous juger. L'élection détermine le résultat des courses et se mettre en travers de ce chemin devient un déni de démocratie.
Dans son histoire, le FN a toujours eu des relations exécrables avec la justice...
La liste des condamnations de Jean-Marie Le Pen, mais aussi de nombreux cadres du mouvement, est très longue et recouvre des motifs très divers. L'idée centrale a été bien résumée par Jordan Bardella, qui a utilisé cette semaine le terme de « juges rouges » : selon le RN, les corps de magistrats seraient ligués contre lui parce que gangrénés par l'idéologie marxiste. C'est le résultat de faits historiques, notamment le développement de syndicats très à gauche au sein de la magistrature dans les années 1970. Et « juges rouges » est un terme largement emprunté à la rhétorique anticommuniste de cette époque. Selon celle-ci, la magistrature usurperait, au nom de l'idéologie, la légitimité de l'institution judiciaire mais aussi celle du peuple.