OPINION. « L'extrême droite contre la France : le paradoxe de l'aide au développement »
Par Christophe Madrolle

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Par Christophe Madrolle

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L'extrême droite hurle au scandale. Quinze milliards d'euros, clame le JDD, seraient « engloutis » dans l'aide aux pays étrangers, un « délire » financé par les impôts des Français. Guillaume Bigot, député RN, réclame un moratoire sur l'Aide publique au développement (APD). Sarah Knafo, sur CNews, accuse la France de piller ses citoyens pour « aider la Chine ». Le tableau est sombre, populiste, efficace. Mais faux.
L'Agence française de développement (AFD), au cœur de ces critiques, tire 85 % de ses ressources des marchés financiers via des emprunts obligataires, français et presque autant européens désormais, capitaux privés, fonds de pension internationaux. Sur ses 12 milliards annuels, seuls 15 % proviennent de subventions publiques, françaises ou issues de l'UE. Pas de pillage fiscal, mais une mécanique bancaire astucieuse : avec 1 euro du contribuable, l'AFD mobilise 12 euros d'investissements. Alors, où est la vérité ? Dans les chiffres ou dans les slogans ?
Prenons du recul. L'extrême droite, comme d'habitude, est pétrie de contradictions. Elle promet de juguler l'immigration, de fermer les frontières, de "protéger" la France. Mais sans l'AFD, sans l'APD, ce projet est une chimère. La régulation des flux migratoires ne se décrète pas à Calais ou à Menton ; elle se construit en amont, là où les crises naissent. Le développement est la clé.
Exemple : depuis 2016, l'AFD a investi 600 millions d'euros dans des projets de gestion migratoire - formation, emploi, infrastructures - dans les pays d'origine ou de transit. En Côte d'Ivoire, ses financements soutiennent l'agriculture durable, réduisant l'exode rural vers l'Europe. Au Sahel, ils contribuent à stabiliser des régions rongées par l'insécurité, freinant les départs. Sans co-développement, pas de contrôle. Jean-Pierre Chevènement, républicain lucide, l'avait compris dès les années 1990 : investir dans les pays du Sud, c'est sécuriser la France. Un homme d'État voyait loin ; l'extrême droite voit court.
Loin d'être une simple aumône, l'AFD est une arme - une arme forgée pour la puissance. Chaque année, elle déploie 12 milliards d'euros de financements, une somme que viennent doubler 12 autres milliards de cofinancements publics et privés, comme une vague amplifiant son élan. Par ce levier, elle porte les valeurs françaises. Elle incarne même une diplomatie féministe, irriguant plus de la moitié de ses engagements pour faire avancer l'égalité entre hommes et femmes.
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Elle se dresse en pionnière du climat, première banque pleinement alignée sur l'Accord de Paris, insufflant 6 milliards d'euros en 2024 pour lutter contre le réchauffement et un milliard supplémentaire pour préserver la biodiversité. Son influence s'étend, subtile et tenace, tissant un réseau où la France rayonne - de l'Indopacifique aux rivages du Maroc, jusqu'aux terres brésiliennes - face aux ambitions de la Chine ou des États-Unis.
Et chez nous ? Ses retombées irriguent le pays : 3 milliards d'euros reviennent aux entreprises françaises, 40 000 emplois naissent dans le sillage de la solidarité internationale, tandis que 70 millions d'euros, via le dispositif FICOL, vivifient les collectivités. L'AFD, c'est la France qui triomphe, qui s'affirme, qui vit.
L'extrême droite, elle, joue contre. En attaquant l'APD, elle fragilise cette influence. Elle rêve d'une nation frileuse, repliée, coupée du monde. Une France faible, offerte aux appétits de la Russie, de la Chine, des États-Unis. Réduire l'AFD, c'est céder du terrain. C'est aligner la France sur le récit poutinien : une Europe morcelée, divisée, obsédée par une identité fantasmée, incapable de résister.
L'extrême droite, fidèle à son histoire, reste intimement anti-nationale. Elle trahit les intérêts de la France en sapant ce qui fait sa grandeur : sa capacité à projeter ses valeurs universelles - liberté, égalité, solidarité - au-delà de ses frontières. Quand l'AFD finance l'éducation au Mali, l'énergie verte en Tunisie ou la paix en Ukraine, elle ne dilapide pas ; elle consolide la souveraineté française.
Les faits parlent d'eux-mêmes. Depuis 2019, les Français le reconnaissent : 70 % jugent l'action de l'AFD efficace pour les pays aidés et pour la France elle-même, selon Harris Interactive. Loin des caricatures, cette banque publique rapporte 300 millions d'euros de dividendes annuels à l'État. Elle agit dans les Outre-mer, avec 1,032 milliard d'euros investis en 2024.
Elle dément les mensonges : non, elle n'"aide" pas la Chine avec des dons, mais avec des prêts à conditions de marché, stoppés depuis 2021. Non, l'Algérie ne reçoit pas de fonds ; elle rembourse ses dettes. L'extrême droite préfère l'outrance à l'analyse. Elle prospère sur l'ignorance.
La France ne peut être grande en se recroquevillant. Elle apprend, par ailleurs, de ses investissements dans le Sud pour initier sa propre transformation. Sa puissance - culturelle, politique, géopolitique - dépend de son audace à façonner le monde. L'AFD est cet outil, imparfait mais vital. Face aux défis du siècle - migrations, climat, rivalités globales -, il faut une nation forte, qui défend ses valeurs universelles avec une influence qui s'étend et se renforce. Tout autre choix est une capitulation.
En définitive, le populisme, sous ses aspects tentateurs, demeure un piège effroyable : celui de la défaite !
M. Barrot, M. Macron, M. Bayrou, en conscience, je m'adresse à vous. Ne sombrez pas dans ce gouffre.
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Au contraire, soyons fiers de la grandeur de la France ! Son action d'accompagnement est essentielle. Il est temps d'ouvrir une nouvelle ère : celle de l'investissement international solidaire et coopératif ! C'est à ce prix, et seulement à ce prix, que notre Patrie pourra bousculer le nouvel ordre mondial des populistes !
Par Christophe Madrolle