LA TRIBUNE DIMANCHE — Que change l'élection triomphale de Bruno Retailleau à la tête de LR pour le socle commun ?
MARC FESNEAU — C'est une clarification. LR a désormais un chef. Ce résultat nous permet de sortir d'une campagne parfois caricaturale ayant donné lieu à des surenchères qui ont eu des conséquences sur la vie gouvernementale. Finalement, les adhérents LR ont largement validé le choix de la responsabilité et de la participation au gouvernement. C'est positif. Sur les lignes de fond, cela ne change rien : il existe des sujets sur lesquels nous trouvons des points d'accord avec LR et des sujets sur lesquels nous ne sommes pas d'accord. Fidèles à l'esprit de responsabilité, nous devons avancer sur les premiers. Les seconds seront tranchés lors de la présidentielle, puisqu'il n'y a pas de majorité.
Gabriel Attal, Gérald Darmanin ou Édouard Philippe ont multiplié les propositions dures en matière régalienne ces derniers jours. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Il y a manifestement une surenchère croissante sur les sujets régaliens. Cela me gêne beaucoup, et je ne suis pas le seul. Cette surenchère n'est d'abord absolument pas bordée juridiquement, puisqu'elle n'est souvent pas conforme au cadre européen ou à notre droit constitutionnel. Or, comment peut-on proposer une mesure en s'extrayant totalement de notre socle républicain ? Une des différences fondamentales entre nous et les populistes d'extrême droite comme d'extrême gauche est la prise en compte, dans la conduite de l'action publique, des règles élémentaires de droit.
Plus grave, cette surenchère vient stigmatiser, antagoniser, fracturer. Enfin, plus grave encore, dans le bloc central, on en vient à porter les discours, les thèses, les propositions de la droite, voire de l'extrême droite. Mais ce n'est pas ça, le centre ! Ce n'est pas ça l'aventure que nous avons voulu construire avec Emmanuel Macron en 2017 ! La promesse initiale était alors l'éloge de la pondération, du rassemblement, de la réconciliation. Cette dérive n'y correspond plus en rien. C'est une forme de trahison du projet d'Emmanuel Macron.