Audition des enfants : comment la gendarmerie apprend à recueillir leur parole sans la déformer
Émilie Blachere
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Dans les Pyrénées-Orientales, la Maison de Prévention et Protection des Familles de la gendarmerie fait partie des dispositifs en place pour endiguer le fléau des violences intrafamiliales.
Longtemps négligée par la justice, la parole des mineurs fait désormais l’objet d’une attention particulière. Chaque année, environ 250 gendarmes sont formés à des techniques d’audition spécifiques au Centre national de la formation au renseignement et à l’investigation. Objectif : protéger l’enfant, éviter toute influence et garantir la fiabilité de son récit.
Auditionner un mineur ne s'improvise pas. Les autorités commencent à se soucier de la prise en charge de la parole des enfants, longtemps angle mort de la justice. Chaque année, près de 250 gendarmes reçoivent un entraînement spécifique au Centre national de la formation au renseignement et à l'investigation (CNFRI), commandé par le colonel Emmanuel Bobo.
« Aujourd'hui, dans chaque groupement de gendarmerie en France, il y a du personnel spécialisé, assure Laurent Kaiser, chef de groupe instructeur au CNFRI. C'est une révolution. Quand j'étais gamin, l'enfant n'avait pas mal. On ne prenait pas en compte sa parole, ni ses sentiments ».
Les mineurs sont entendus pendant environ une heure et demie dans une salle vide pour éviter les distractions, une procédure nommée « Mélanie », du nom de la première petite fille auditionnée dans ces conditions par un procureur à la Réunion, premier magistrat à avoir suggéré de filmer pour éviter au mineur d'avoir à se répéter. Raconter encore et encore, c'est prendre le risque de créer des souvenirs.
« Depuis 2016, nous enseignons à nos enquêteurs le protocole NICHD [National institute of child health and human development], détaille Laurent Kaiser. Il préconise de s'asseoir au niveau de l'enfant, de se présenter, de lui rappeler surtout qu'on est là pour le protéger. On lui montre les micros, les caméras. On lui dit la vérité. On ne cache rien pour installer une confiance solide. »
Une première phase prédéclarative sur son quotidien, ses loisirs, ses passions permet d'entraîner le mineur aux questionnements : « Si on pose des questions très difficiles au début, il se sent incompétent et peut se renfermer. » Toujours des questions ouvertes, donc. Souvent en lien avec ses sentiments pour qu'il puisse se sentir à l'aise de les exprimer : « On le questionne sur des moments positifs, jamais négatifs. Au départ... »
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
Quatre règles établies avec l'enfant structurent l'échange. « Il doit dire qu'il ne comprend pas, qu'il ne sait pas, corriger l'enquêteur s'il commet une erreur et enfin dire la vérité », insiste Laurent Kaiser. Les faits sont abordés en segmentant le temps, travaillant ainsi sur la mémoire épisodique. Les enquêteurs évoquent les souvenirs heureux des jours précédents et découpent la journée en trois portions temporelles.