À l'occasion de la visite éclair du pape à Ajaccio ce dimanche, Odon Vallet décrypte les relations complexes que François entretient avec la France, et plus particulièrement avec le président de la République. Ce voyage en Corse, une première historique pour un pape, est d'autant plus surprenant qu'il a lieu une semaine après la réouverture de Notre-Dame de Paris, à laquelle il ne s'est pas rendu. L'historien, qui préside la Fondation Vallet, explique aussi comment le pape, qui aura 88 ans mardi, prépare sa succession.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Pourquoi le pape François se rend-il en Corse ce dimanche ?
ODON VALLET — Officiellement, il y va pour clôturer un colloque sur la religiosité populaire en Méditerranée. Ce thème lui est cher, car il vient d'un milieu populaire et il aime les processions, comme il y en a beaucoup dans l'île de Beauté. En même temps, c'est un original qui n'en fait qu'à sa tête, qui va là où on ne l'attend pas. N'oubliez pas que François, qui s'est parfois décrit comme « un po' furbo » en italien [un peu rusé], est rusé. C'est pourquoi je pense que ce n'est pas un hasard s'il décide d'aller en Corse - une première pour un pape - une semaine après avoir boycotté les cérémonies de réouverture de Notre-Dame.
À la différence de Jean-Paul II, qui a fait huit voyages dans l'Hexagone, ce pape argentin - qui s'était présenté au soir de son élection le 13 mars 2013 comme l'homme du « bout du monde » - n'aime pas la France. C'est la troisième fois qu'il vient dans notre pays, mais il a chaque fois dit qu'il ne venait pas en France mais au Parlement européen à Strasbourg en 2014, ou à Marseille en septembre 2023, où il a exhorté l'Europe à agir face à la tragédie des migrants qui « ensanglante la Méditerranée ». Ce dimanche à nouveau, le pape des « périphéries », comme on l'appelle parfois, vient en Méditerranée, en Corse, où la dimension religieuse reste importante.
Propos recueillis par Philippe D’Indevillers