Les fausses étiquettes du plan de relance en France

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Entre l'annonce d'un plan de relance par l'investissement public et la réalité, il y a un écart substantiel. Alors que la part de l'investissement public se révèle marginale, le plan du gouvernement français est beaucoup plus équilibré, entre l'investissement privé, la consommation et l'investissement public. Et c'est tant mieux pour la croissance, affirme Rémy Prud'homme, économiste, professeur émérite à l'université Paris XII et spécialiste des infrastructures.

Pour que l'économie française sorte du trou où elle est tombée, avec d'autres, il faut qu'augmentent soit les exportations, soit la consommation, soit les investissements. Soit les trois à la fois. A un moment où la demande chez nos clients s'effondre autant ou davantage que chez nous, on ne voit pas bien quelles politiques pourraient augmenter les exportations. On voit mieux comment la politique pourrait augmenter la consommation?: en diminuant les impôts et/ou en distribuant des revenus, ce qui implique une augmentation de la dette publique.

Mais les limites et les dangers d'une telle action sont bien connus : en période de crise, une part importante de ces revenus distribués est épargnée, et non consommée. Quant à la part consommée, elle l'est pour beaucoup en produits importés, stimulant la production en Chine autant que la production en France. Beaucoup de pertes en ligne donc, et à la clé, une dette à rembourser.

Reste l'augmentation des investissements. Même si elle est financée par une augmentation de la dette publique, elle a, en principe, l'avantage d'augmenter la capacité de production et la productivité du pays. Seulement, il est aussi difficile de faire investir une entreprise qui n'a pas de marchés que de faire boire un âne qui n'a pas soif. Ensuite, les grands investissements publics et privés peuvent rarement être mis en ?uvre rapidement?: entre le moment où le financement est mis sur la table et le moment où le premier coup de pioche est donné, il s'écoule plusieurs années.

Le risque est grand que l'effet d'une politique de grands travaux arrive après la bataille. Enfin, tous les investissements n'augmentent pas à terme la productivité du pays, et ne permettent pas toujours de rembourser la dette qui a servi à les financer. Beaucoup d'investissements publics, comme par exemple les hôtels des départements ou des régions, ne produisent rien, si ce n'est de la satisfaction pour ceux qui y travaillent. Il y en a même qui génèrent surtout des coûts supplémentaires sous forme de frais de fonctionnement. De ce point de vue, certains investissements publics ont les caractéristiques d'une consommation privée.

En clair, aucun des chemins de la relance ne conduit à un redémarrage facile de l'économie. Quelle est la voie choisie par le gouvernement français?? Elle n'est pas ce qu'il dit, mais elle est assez raisonnable.

Le gouvernement présente son plan de relance comme un plan d'investissements publics. On a fait grand bruit de l'annonce à Lyon, le 2 février, de mille projets d'investissement en infrastructures de transport, en bâtiments pour l'enseignement supérieur, en investissements de défense et en protection du patrimoine. Il s'agit de projets qui étaient dans les cartons, ou les tuyaux, déjà plus ou moins décidés?: l'avantage est qu'ils pourront être mis en ?uvre rapidement.

Mille projets, cela fait forte impression. Mais en réalité, le coût de ces projets pour 2009 s'élève (en crédits de paiement) à 2,7 milliards d'euros seulement. C'est une augmentation de 4% des investissements des administrations. Un peu plus de 0,1% du PIB. L'impact sur la croissance sera à l'évidence faible, et encore plus faible sur l'augmentation des capacités de production du pays.

Pour faire bonne mesure, il faut ajouter l'encouragement à l'investissement des collectivités territoriales et des grands établissements publics (comme RFF ou EDF). Le plan prévoit un remboursement plus rapide de la TVA de 2,5 milliards pour les collectivités territoriales. Pour les investissements des grands établissements publics, le plan prévoit 4 milliards (de plus??), sans subventions étatiques supplémentaires, ce qui revient à les inciter à augmenter leur endettement.

En réalité, le plan de relance de la France, qui s'élève pour 2009 à 19 milliards, ne repose qu'à la marge sur l'investissement public. Il comprend un volet de relance par la consommation, avec des aides supplémentaires au logement (extension des prêts à taux zéro, etc.) et une prime de solidarité active, pour près de 2 milliards. L'essentiel du plan consiste en facilités accordées aux entreprises, dont la plus importante (10 milliards) concerne... le paiement par l'Etat de ses dettes. Ce mauvais payeur va faire un effort, en payant ce qu'il doit cette année plutôt que l'an prochain.

On peut en sourire, mais cette contribution à la trésorerie des entreprises en sauvera plus d'une de la faillite. L'Etat s'engage également à ce qu'il appelle "un soutien exceptionnel à l'activité économique et à l'emploi" pour 2,6 milliards, qui comprend des aides à l'embauche, des aides aux PME, la prime à la casse pour les automobiles, à quoi on peut ajouter les 3 milliards du FIS (Fonds d'investissement stratégique) qui servira à prendre des parts dans le capital d'entreprises en difficulté.

L'Etat accorde enfin différentes facilités fiscales (amortissement accéléré, dégrèvement de taxe professionnelle, en attendant l'élimination de cet impôt en 2010). Comment classer ces aides?? En facilitant les investissements des entreprises, elles participent à la relance par l'investissement. Mais elles ont surtout pour objet de maintenir en vie des entreprises et de les empêcher de licencier, ce qui contribue à soutenir les revenus et à relancer la consommation. Certaines permettront même à des entreprises d'exporter, contribuant ainsi à une relance par l'exportation.

En ne mettant pas tous ses ?ufs dans le même panier de l'investissement public, le gouvernement a donc choisi un plan de relance assez équilibré, pragmatique, prudent.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Excellente analyse du plan de relance. Il faudra sans doute y faire des ajouts car la situation est sans doute plus difficle qu'on ne le pense.
En tout cas cette analyse raisonnable est loin des gesticulations et des vitupérations des fauteurs de troubles qui sont légion dans notre pays. En fait, à la suite du plan de relance engagé, ce qu'il faut c'est souhaiter bonne chance à la France.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
les importations en provenance de Chine ne représentent pas la totalité des importations qui ne sont elles-mêmes qu'une faible fraction de la consommation ; alors cessez de vouloir ranimer ce "peril jaune" d'un autre temps
tous les produits manufactures ne sont pas importes de Chine et nous pouvons tres bien ne pas acheter de nouveau telephone portable ou micro-ordinateur et depenser plus maitriser la consommation d'energie, au benefice des entreprises danoises ou allemandes (mais ceci est une autre histoire !)

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