Consommation, investissement, le faux débat !

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La relance doit s'attaquer aux deux maux fondamentaux de notre société : l'aggravation des inégalités et la perte de compétitivité de notre appareil productif. Les inégalités peuvent être réduites par la fiscalité mais aussi par la réhabilitation des services publics. Et la productivité améliorée en axant nos efforts sur les nouvelles technologies et la croissance verte, estime Jean Matouk, professeur des universités.

Le débat fait rage autour de la relance. Fallait-il choisir plus de relance par la consommation ? Ou le gouvernement a-t-il bien fait de choisir la relance par l'investissement public, essentiellement des infrastructures ? La réunion du 18 février réoriente l'effort de l'Etat vers les ménages. Mais s'attaque-t-on vraiment aux deux maux fondamentaux de notre société et de notre économie. D'abord, les inégalités ! Elles sont devenues bien trop grandes dans notre pays, comme dans la plupart des autres. C'est socialement et politiquement dangereux. Aux Etats-Unis, ce sont ces inégalités qui, en fait, sont à l'origine de la crise financière, mais elles sont aussi, partout dans le monde, aux racines de la crise réelle. Ensuite, notre appareil productif n'est pas compétitif dans l'économie mondiale.

Qu'on les mesure entre les plus hauts et les plus bas revenus, ou plutôt, comme en France, entre revenus moyens et revenus supérieurs, les inégalités ont fortement augmenté. La part des salaires dans la valeur ajoutée, même si elle est restée stable ces dernières années (64% depuis 1990), avait fortement baissé en France durant les années 80-90, et, au sein des salaires, les écarts ont fortement augmenté. La réduction générale des impôts sur les tranches supérieures de revenus n'a fait, comme partout, qu'augmenter ces inégalités. Parallèlement, le nombre de pauvres a également fortement progressé partout.

Aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe, pour maintenir un certain niveau de consommation, les ménages se sont endettés de plus en plus. C'est l'origine de la crise américaine des subprimes. Mais, malgré cet endettement, l'appauvrissement relatif a freiné la demande ; c'est la version moderne de la bonne vieille thèse de Sismondi, sur la sous-consommation "ouvrière", aujourd'hui "salariale". Or cet appauvrissement est aussi, de manière évidente, un puissant déstabilisateur social et politique.

Qu'on le veuille ou non, si la délinquance continue d'augmenter en se rajeunissant, c'est bien la conséquence de ces inégalités, et du spectacle des biens inaccessibles, qu'on impose aux plus démunis. Qu'on le veuille ou non, si aucune réforme raisonnable ne "passe", si les "politiques" sont déconsidérés, c'est bien en partie parce que l'électeur de la classe moyenne, démographiquement majoritaire, voit sa situation matérielle se dégrader irrésistiblement.

Il est donc prioritaire de réduire les inégalités par toutes les voies possibles. Par la redistribution fiscale en revenant sur les baisses d'impôt sur les hauts revenus et, en contrepartie, en dispensant effectivement les contribuables de la première tranche du versement partiel ou total de l'IRPP cette année, ou en augmentant la prime sur l'emploi ! Mais aussi par action directe ou indirecte, sur la distribution interne aux entreprises, obligeant ou incitant celle-ci à baisser les hauts salaires et à remonter les plus bas !

Même si, dans chaque entreprise, les sommes ainsi transférées sont relativement faibles, l'effet symbolique est essentiel. Elles peuvent aussi, sinon préférentiellement, servir à créer de nouveaux emplois. Mais il faut aussi réduire les inégalités par la réhabilitation et le renforcement de services publics, notamment de santé, d'égale qualité pour tous. En distribuant aux moins aisés ce que percevront en moins les plus aisés et en améliorant franchement les services publics, voire en en créant de nouveaux, pour la dépendance par exemple, on pratiquera du même coup une relance économique par la consommation. La propension à consommer des plus bas revenus est élevée, et peu importatrice (14% contre 25% en moyenne) et, assurés d'être soignés et d'avoir des retraites correctes, ou d'être pris en charge s'ils sont dépendants, les citoyens consommeront plus facilement.

Mais notre pays, comme l'Italie, l'Espagne et même la Grande-Bretagne, n'est, par ailleurs, plus compétitif. Ces derniers ne "tiennent" pas de créneaux technologiques et scientifiques de pointe, qui sont les seuls qui leur restent, les pays émergents bénéficiant de la rente en travail, et n'étant d'ailleurs pas inactifs non plus sur la technologie. Il est donc important qu'une part majeure de la relance se fasse sur l'investissement, mais moins sur l'investissement en BTP, que sur l'investissement en technologies nouvelles et en recherche-développement.

On comprend que le gouvernement ait voulu une action rapide, pour laquelle les chantiers de BTP, surtout déjà programmés, auront des effets presque immédiats sur l'emploi. Mais programmer, en les accélérant, des chantiers de panneaux solaires, et d'éoliennes, faire un effort massif sur les biotechnologies, les véhicules électriques et leur infrastructure propre de circulation et, plus généralement, "verdir" tous nos sites de production et nos villes, accélérer la transformation "verte" du traitement des déchets auraient une triple vertu.

D'abord, bien sûr, accélérer la réduction de notre dépendance pétrolière et les effluents anthropiques. Ensuite créer des emplois d'installation et de maintenance. Enfin, et surtout pourrait-on dire, achever des recherches-développements dans tous ces domaines, et, donc, créer ou renforcer de nouveaux secteurs, et leurs "produits" d'exportation, qui nous aideraient, une fois sortis de la crise, à mieux tenir notre rang dans la compétition mondiale. A regarder de près les projets d'Obama, on voit qu'ils sont fréquemment de ce type. Allons-nous une fois de plus devoir suivre les Etats-Unis sur ce parcours alors que nous les précédions ?

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Article intéressant, plein de bon sens. Il n'aborde cependant pas un point esentiel qui est la maîtrise d'une variable fondammentale qui est la démographie. Comment peut-on imaginer un seul instant gérer l'économie d'un pays sans gérer, sans même parler du facteur essentiel qui est l'évolution du nombre d'habitants ? En cela cet article est très réducteur de l'analyse de la crise et un débat aussi tronqué est très étonnant de la part d'un professeur
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
A FL il faudrait que vous soyez vous même plus clair!! La démographie est un atout en France contrairement aux autres pays cités ci dessus!! Et ne pas parler de démographie, ici, dans cette tentative d'explication d'un débat qui secoue la France, ne me choque guère! En quoi cela est il réducteur?? En quoi cela est il tronqué?? En quoi cela change t il la nature du problème même auquel est confronté la France??? Relisez l'article, j'ai bien peur que vous n'ayez pas tout compris, ou peut être certaines des explications données vous choquent, vous déstabilisent dans vos croyances politiques ou autres?? je n'en sais trop rien, mais je ne comprends pas votre post qui critique un article assez bien construit et pédagogique (même si on peut ne pas être d'accord avec!!) sans étayer vos arguments ou même sans en donner un seul........Donc svp, cela serait agréable d'être plus précis comme cela nous pourrions en débattre..merci

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