L'Europe et le carnet tchèque

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Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

La brutale déconfiture des pays de l'Europe de l'Est n'a rien d'étonnant. Les deux moteurs de leur croissance se sont littéralement arrêtés dans les derniers mois : les exportations à l'Ouest s'effondrent - dans certains pays, elles comptaient pour les trois quarts du PIB - et l'investissement étranger dans la zone s'est volatilisé. De 250 milliards en 2008, il pourrait passer à 30 milliards cette année? Une sévère correction se prépare, avec des récessions à deux chiffres, fort semblable à la "crise asiatique" de 1998. Mais à l'époque, l'excellente conjoncture mondiale avait permis aux "dragons" de rebondir très rapidement. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.

L'Europe des Vingt-Sept, réunie en sommet hier pour conjecturer sur la crise de ses banlieues orientales, a retrouvé sa léthargie coutumière. Présidée par Paris au mois d'octobre dernier, elle avait agi comme un seul homme pour sauver son système bancaire. Dirigée aujourd'hui par Prague, elle refuse de sortir son carnet de chèques. Bien sûr, les budgets publics sont mis à l'épreuve par le soutien aux banques, à l'automobile et aux légions de nouveaux chômeurs. Et la solidarité est, par nature, soumise à la loi de proximité.

Notre propension à dépenser est inversement proportionnelle au nombre de kilomètres qui nous séparent des victimes de la crise. Mais il y a fort à craindre que l'addition ne nous soit présentée une deuxième fois. L'exposition des banques de la zone euro est en effet considérable. En Belgique et en Suède, où les prêts consentis à l'Est comptent pour 25% du PIB. Et surtout en Autriche, où le risque représente 70% du PIB.

Ici, la comparaison avec une autre crise s'impose. Dans l'entre-deux guerres, c'est la faillite d'une banque autrichienne, la Kreditanstalt, qui avait déclenché la dépression dans une Europe qui croyait jusqu'alors que la crise n'était qu'américaine. C'était en mai 1931, dix-neuf mois après le krach d'octobre 1929. Nous sommes en mars 2009, dix-neuf mois après le début de la crise des "subprimes", en août 2007.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
En 31 les faillites sont dues au fait que les banques américaines, en proie à la crise de 29, demandent le remboursement des prêts consentis pour sortir la Prusse des dettes de guerre (avec occupation de la Ruhr) - plan Young.
On peut dire, par analogie, que les dettes des pays de l'Est vont ancrer définitivement ces pays à l'Europe et faire d'eux nos obligés.
Je ne pense qu'on puisse aller plus loin dans l'analogie, et je ne l'espère pas naturellement...
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
En 31 les faillites sont dues au fait que les banques américaines, en proie à la crise de 29, demandent le remboursement des prêts consentis pour sortir la Prusse des dettes de guerre (avec occupation de la Ruhr) - plan Young.
On peut dire, par analogie, que les dettes des pays de l'Est vont ancrer définitivement ces pays à l'Europe et faire d'eux nos obligés.
Je ne pense qu'on puisse aller plus loin dans l'analogie, et je ne l'espère pas naturellement...

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