Un monde de vieux, qui va payer ?

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Par Philippe Marini, sénateur de l'Oise (UMP), rapporteur général de la commission des Finances.

En 2050, la France aura, selon les projections actuelles, 70 millions d'habitants, à peu près autant que l'Allemagne. Mais une personne sur trois aura 60 ans ou plus. Notre pays comptera 11 millions de personnes de 75 ans et plus, contre 5 millions en 2005.

Cette évolution structurelle emporte des conséquences de toute nature. Politiquement, la voix des anciens sera de mieux en mieux entendue. Plus stables que les jeunes, disposant de tout le temps nécessaire pour s'intéresser aux affaires locales et pour influencer les élus, ils participent massivement (en tout cas plus que les autres catégories) à tous les scrutins. Logiquement, ce devrait être une aubaine pour les partis conservateurs, ce qui ne veut pas dire pour la seule droite, puisque les repères idéologiques s'effacent progressivement.

Donc, ne pas effrayer, ne pas porter atteinte aux "droits acquis", ne pas amputer le pouvoir d'achat des retraités. Mais, par ailleurs, les anciens sont plus affectifs, moins rationnels que les actifs. Ils peuvent donc donner leur confiance de manière plus constante, ils sont moins amateurs de "zapping" politique, ils sont sensibles à la séduction et à la personnalisation du pouvoir. Ainsi, aucun grand de ce monde ne devrait négliger les attentes et les craintes de ce vaste vivier électoral. Qu'en résulte-t-il sur le plan économique et en termes de gouvernance publique ?

A mon avis, le thème de la dette, et les angoisses qu'il inspire, a de beaux jours devant lui. Les anciens, qui savent au prix de quels efforts se constitue l'épargne, ne sont pas favorables à la "politique de la cigale". Ils sont sensibles au traitement réservé à leurs économies plus ou moins considérables. Beaucoup d'entre eux, par exemple dans les classes moyennes, contestent l'ISF, quand celui-ci les rattrape par le seul jeu des valeurs immobilières. Bref, une population vieillissante exercera une influence en faveur de politiques plus soucieuses de rigueur financière.

Naturellement, la dépense de Sécurité sociale - et plus spécialement d'assurance-maladie - continuera à croître à un rythme plus élevé que la moyenne de la dépense publique. Même si l'âge du départ en retraite sera progressivement repoussé, selon la méthode allemande, l'augmentation annuelle probable des dépenses de pensions est chiffrée à 2 milliards environ pour la seule période 2009-2012.

Mais le principal problème ne se situe pas, à mes yeux, au niveau de la dépense. Il s'exprime plutôt en termes de stratégie des prélèvements obligatoires. Les charges sur les actifs d'une part, celles incombant aux entreprises d'autre part, seront-elles supportables en termes de compétitivité de notre économie et de localisation des emplois, notamment industriels ?

Une bonne illustration de nos contradictions est la question du cinquième risque. Les assureurs plaident, de façon intéressée, pour une assurance obligatoire, dont ils auraient la gestion, c'est-à-dire un prélèvement obligatoire sur les actifs. La mission d'information du Sénat a suggéré un recours plus significatif à la solidarité familiale intergénérationnelle : il s'agit non pas de rétablir un "recours sur succession", mais, de manière beaucoup plus modérée, de prévoir un "gage sur succession", au-delà d'une franchise, et de manière à produire, à terme, une recette annuelle de l'ordre du milliard d'euros, de nature à améliorer une équation difficile. Quoi qu'il en soit, la demande sociale est forte pour mettre en place un système mixte de couverture de ce risque tenant à la fois de la maladie et de la vieillesse, comportant un niveau de solidarité et un régime contributif.

N'oublions pas, cependant, que l'effort actuellement consacré par les budgets publics aux personnes âgées dépendantes est de l'ordre de 20 milliards d'euros par an, que l'allocation personnalisée d'autonomie est versée à plus de 1 million de personnes et que la France, l'Allemagne et le Japon sont les trois seuls États à avoir déjà mis en place une couverture sociale en ce domaine.

N'oublions pas non plus que la France n'est pas l'Etat le plus mal placé de la "vieille Europe", compte tenu d'une natalité que beaucoup nous envient. La crise comporte enfin un heureux aspect. Tous nos gouvernements, au sein de l'Union européenne, ont dû accepter une forte aggravation de leurs déficits publics. Le retour à la soutenabilité des finances publiques sera une contrainte commune. Est-il excessif d'espérer que la trajectoire soit au moins concertée ?

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
tous les problemes actuels lié au vieillissement sont les memes , diminution des charges = moins de recettes pour la secu , concurrence avec des pays sans charges ou peu de charges sociales , aux monnaies dumping , enfin les delocalisations industriels , tout celà contribue a l'effondrement des recettes sociales pour les retraités , le probleme est là , tant que nous consideront bien la mondialisation actuelle celà s'aggravera par des deficits et quand il ne restera que peu d'activitée on ne pourra plus rien faire et on laissera alors les personnes agées dans le denuement les sdf de demain , avec tous les problemes sociaux et sanitaires , le probleme demeure le meme tant que l'europe n'aura pas une politique de croissance , monaitaire et industrielle de choc rien ne changera au consensus mou actuel qui va vers le declin , depuis 20 ans la zone euro se satisfait de 3% de croissance annuelle , le taux le plus bas comparé a la chine et aux usa , la libre concurrence toute azimut , la libre circulation des biens et capitaux mettent en exergue les industries europeenne qui subissent aussi les charges sociales des retraités , faudrait savoir ce qu'on veut aussi , une richesse virtuelle ou bien reelle mais pour celà minorer aussi l'ecologie car sans richesse il n'y aura pas de redistribution , la trajectoire actuelle plonge vers les abimes malheureusement
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Envoyons les seniors dans des résidences 3 étoiles médicalisées situées dans le tiers monde. Le coût de la vie y est particulièrement intéressant, il y fait beau, les médecins y sont comptétents, le personnel y est dévoué. Les seniors et la sécu s'y retrouveraient. Les anciens verraient du pays et stimulés par le climat, la culture locale, gagneraient sûrement des années de vie supplémentaires.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Pauvre vi...personnes agées! Plus personne ne les veux.

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