Europe : où sont les femmes ? Le deuxième enlèvement d'Europe

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Par Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Robert Schuman.

En cette période de recomposition institutionnelle européenne - élection du parlement européen, renouvellement de la Commission, nouveau Haut représentant et mise en ?uvre du traité de Lisbonne -, il convient de s'interroger sur les personnes à qui seront confiées les nouvelles responsabilités européennes pour les cinq ans à venir.

Le parlement européen a été renouvelé en juin dernier. Il comprend, pour la première fois, 258 femmes sur 736 députés, soit 35% d'élues.

José Manuel Barroso a été renouvelé, à la présidence de la Commission européenne, le 16 septembre par le parlement.

Les vingt-six autres membres du collège des commissaires restent donc à désigner, dont le nouveau vice-président qui sera, à la fois, membre de la Commission et Haut représentant (ministre des Affaires étrangères).

Les dirigeants européens, parmi lesquels une seule femme, Angela Merkel, devront désigner le nouveau président du Conseil européen le 19 novembre prochain.

Déjà les chancelleries ne bruissent plus que des futures nominations et les candidatures fleurissent.

La Commission européenne comptait au 1er janvier 2009 dix femmes sur vingt-sept. Elles y occupaient des portefeuilles de première importance comme la concurrence, le commerce international, le budget, les relations extérieures, l'agriculture avec une compétence et une autorité incontestées.

La Commission Barroso II doit compter au moins autant de femmes que la première. Il paraîtrait souhaitable qu'elle en compte plus et qu'y soient nommées treize femmes, soit la moitié des postes à pourvoir dans cette institution.

Cela tiendrait compte du fait que les femmes représentent plus de la moitié de la population européenne. Ce serait aussi une belle démonstration de l'application du principe d'égalité entre les hommes et les femmes, inscrit depuis l'origine dans les traités européens.

Pourtant, en l'état actuel des choses, on en semble encore loin et l'équilibre risque de n'être pas atteint. En effet, deux femmes ont quitté la Commission, l'une pour aller siéger au parlement européen, l'autre a été élue présidente de son pays, la Lituanie. Elles ont, toutes deux, été remplacées par... des hommes. Quel progrès !...

La régression est en marche. Aurions-nous, au 1er janvier 2010, moins de commissaires européennes qu'un an auparavant ? Les choses ne tourneraient alors pas rond en Europe au moment où chacun s'accorde à reconnaître le rôle déterminant des femmes dans la gestion publique et dans la reprise de l'activité économique. Un tel recul serait inacceptable.

Or, parmi les nombreux noms qui circulent ici ou là, on dénombre beaucoup d'hommes et bien peu de femmes. Cela est peu susceptible de rapprocher les citoyens des institutions européennes qui doivent être représentatives de la société. Nos dirigeants veulent-ils vraiment se couper à tout jamais de la moitié de leur corps électoral ?

Barroso ne doit pas se prendre pour Zeus et ne pas enlever, une nouvelle fois, Europe. Après dix femmes dans Barroso I, on est en droit d'attendre qu'il désigne une Commission plus paritaire comprenant au moins treize femmes. Et pourquoi pas quatorze ? Cela aurait du panache. Un peu d'audace, messieurs, s'il vous plaît ! Faites preuve de courage et de volonté.

Il en va de même à la présidence du Conseil européen. Le poste est nouveau et la personne qui sera désignée sera la première à occuper la fonction. Ce choix est donc crucial. Il témoignera de la capacité de l'Europe à dépasser ses rigidités et ses pesanteurs et, surtout, à aller de l'avant en nommant une personne emblématique de premier plan qui ne jouera pas les "potiches". Bien sûr, le nombre de femmes ayant une expérience de dirigeante est moindre que chez leurs homologues masculins, mais... il y en a.

Pour cela, il faut regarder, comme souvent en la matière, vers le nord de l'Europe, notamment l'Irlande avec Mary Robinson ou la Lettonie avec Vaira Vike-Freiberga, qui copréside actuellement le groupe de réflexion sur l'avenir de l'Union européenne. Elles feraient de formidables candidates et ont toutes deux les compétences pour être présidente. Elles l'ont déjà été... Cela serait aussi la preuve irréfutable que l'Europe est bien le continent des femmes, celui où leurs droits sont les mieux garantis et respectés. L'Europe deviendrait alors un modèle pour le monde. Là encore, nos dirigeants le voudront-ils ? Sauront-ils relever le défi ?

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