Courage, Fillon. Attention, 2012 !

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Par Erik Izraelewicz, directeur de la rédaction de La Tribune.

Téméraire mais pas trop ! Nicolas Sarkozy n'hésite pas, généralement, à affronter l'adversité. Cette fois-ci, le président de la république a préféré s'abstenir. Courage, Fillon. Le locataire de l'Elysée n'ira pas défendre sa politique devant les maires des communes de France réunis en grand nombre à l'occasion de leur congrès, à Paris - un congrès qu'il avait, les deux années précédentes, clôturé. Il a laissé le job à son Premier ministre. C'est dire l'ambiance.

Le chef de l'Etat recevra finalement quelques élus, dûment sélectionnés, vendredi à l'Elysée, en son territoire. Le territoire justement, c'est ce qui oppose, depuis plusieurs semaines maintenant, avec une violence inhabituelle, l'exécutif et les élus locaux. Au départ pourtant, il n'y a rien à redire. Les réformes lancées par Nicolas Sarkozy sont d'excellentes initiatives. Ce sont des promesses du candidat Sarkozy, des changements aussi que la gauche avait bien souvent préconisés. Rappelez-vous : la suppression de la taxe professionnelle. Tout le monde était pour - à juste titre.

Cet "impôt imbécile" était, de l'avis unanime, un impôt antiéconomique. Dominique Strauss-Kahn, ministre PS de l'économie, avait commencé à s'y attaquer. Remettre en cause le "mille-feuille" administratif ? Là encore, l'idée faisait largement consensus. Pierre Mauroy (PS) s'en était fait un temps un ardent militant. Imposer la discipline budgétaire aux collectivités locales tout autant qu'à l'Etat : sur ce point aussi, nul ne pouvait s'y opposer.

Aujourd'hui, les élus locaux, de droite comme de gauche, sont pourtant, unanimes ou presque, vent debout contre ces trois réformes. Il y a bien sûr, derrière leurs hauts cris, quelques doses de conservatisme, voire de corporatisme, la difficulté aussi d'accepter, en période de crise, des bouleversements radicaux. Mais il y a aussi des réformes mal préparées, mal négociées. On savait ce que l'on allait supprimer sans savoir exactement par quoi on allait le remplacer.

Il y a surtout une attitude hautaine et maladroite à l'égard des élus locaux. En les accusant de tous les maux, en voulant leur faire porter trop de chapeaux, le Château a pris un grand risque. Economique d'abord : les patrons des collectivités locales ont un rôle clé dans la relance. Qu'ils se démobilisent et c'est la reprise qui est menacée. Politique ensuite : les élus de base, gestionnaires des aides sociales notamment, ont pour eux la proximité avec leurs électeurs. Plus encore que les médecins, les cafetiers ou les restaurateurs, ils sont des agents d'influence dont l'Elysée, pourtant déjà polarisé sur 2012, est peut-être en train de sous- estimer l'importance.

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