Sur la route toute la sainte journée

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Par Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction de La Tribune.

Les chauffeurs routiers font un métier dur, solitaire, dangereux pour eux et pour les autres. Quand ils réclament de gagner 10 euros de l'heure au lieu de 9,16 euros, d'avoir le treizième mois et de bénéficier d'une mutuelle, on est presque gêné de constater combien c'est peu. Et pourtant, c'est déjà trop pour beaucoup d'entreprises de transport qui flirtent avec l'abîme. Plus de 1.500 ont fait faillite en 2008 du fait du ralentissement économique, autant sans doute cette année. La concurrence européenne est légale depuis mai dernier dans le cabotage.

Cela ne concerne qu'une petite fraction du transport de marchandises, mais c'est une pression supplémentaire. Les syndicats de routiers, qui maintenaient jeudi soir leur menace de grève illimitée à partir du 13 décembre - adieu chapons, adieu belons ! -, n'ignorent pas la fragilité d'une grande partie du secteur. S'ils obtiennent gain de cause, ils savent que des emplois seront perdus. Ils prennent le risque, et ce n'est peut-être pas un si mauvais calcul.

L'une des plaies du transport routier est que les gros sous-traitent leurs commandes à des plus petits, qui sous-traitent à des minuscules, avec chaque fois des conditions de travail et de rémunération plus lamentables. En exigeant de relever les normes de la convention collective, les syndicats rendent la sous-traitance moins intéressante. Ils contraignent les entreprises à viser une productivité meilleure en montant en gamme - camions plus performants et chauffeurs mieux formés et mieux payés.

La taxe carbone devrait jouer dans le même sens - pour peu que le gouvernement n'y renonce pas à la première alerte. La montée en qualité est dans la logique de l'économie sociale de marché. François Fillon vantait ce modèle jeudi, à Bonn, devant les élus du Parti populaire européen, tout en appelant l'Europe à répondre aux "craintes d'harmonisation sociale par le bas". On attend la preuve sur nos routes.

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