Pour sauver le climat, il faut un Copenhague 2.0

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A Copenhague, dans l'attente de l'arrivée des chefs d'Etat en sauveurs de la planète, les porteurs de solutions opérationnelles n'ont pas vraiment pu rencontrer les acteurs principaux du problème. Plus qu'un sommet COP 15, c'est d'un Wiki-COP 16, sur le modèle de Wikipédia, dont le monde et ses décideurs ont besoin, pour partager les problèmes et les solutions.

Ceux qui sont allés à Copenhague n'auront qu'une question : combien d'heures ont-ils mis pour pénétrer dans l'enceinte du Bella Center ? Trente-cinq mille accréditations étaient demandées pour partager les idées nouvelles sur le climat. Mais devant la foule, le fractionnement des interventions et les interférences médiatiques des happenings visibles, les pertes en ligne ont été maximales. Si une prise de conscience s'est confirmée au cours des deux dernières semaines, il n'est pas certain que les porteurs de solutions opérationnelles aient rencontré les acteurs principaux du problème. Le sommet de Copenhague a révélé de manière paroxystique combien les parties prenantes, même à cette occasion, ne savent travailler qu'en silos, dans des événements parallèles appelés "side events", pour, au final, ne parler qu'à eux-mêmes et à leurs pairs.

C'est une catastrophe car cela nuit à la pédagogie. A quelques mètres des salles de négociation, des scientifiques américains dépêchés à Copenhague s'expriment devant un auditoire restreint. Ces chercheurs de qualité exceptionnelle ont besoin qu'émerge une volonté puissante pour se mesurer à des enjeux gigantesques comme l'acidification des océans par les trop grandes émissions de CO2. Pour mobiliser le monde sur la recherche de solutions, les représentants des États ne devraient-ils pas être rapprochés des hypothèses techniques discutées en parallèle vingt mètres plus loin ?

C'est une catastrophe car cela empêche d'atteindre les objectifs. Dans la belle ville de Copenhague, de grands hôtels réservés un an à l'avance par des entreprises et des fondations accueillent en présence de politiques, présidents d'exécutifs locaux, chefs d'Etat en puissance, des réunions consacrées aux solutions prônées chacune d'un point de vue particulier plutôt qu'un autre : local ou global, commercial ou industriel, financier ou stratégique. Ainsi, par exemple, le dilemme du collecteur de déchets n'est pas abordé : il doit choisir entre être partenaire de quelques entreprises innovantes capables de recycler de manière exemplaire ou bien d'autres plus lointaines mais non performantes en matière d'émissions de CO2. Ce type de décision regarde le collecteur et les marchés si l'on se place du point de vue du droit de la concurrence, ou le citoyen si l'on se place du point de vue de l'environnement. La notion de filière doit être revue si l'on veut s'occuper du climat.

Légiférer davantage n'est pas la solution. Depuis plusieurs années est évoquée la pertinence d'une organisation mondiale de l'environnement, ou plus récemment d'une organisation mondiale du développement durable. Si un tel organisme permettait de définir des orientations politiques et de partager le fardeau public, sa capacité d'action ne serait pas à l'échelle de ce qu'il faut construire.

Alors que la prise de conscience a eu lieu, grâce à Al Gore, Yann Arthus-Bertrand ou Nicolas Hulot, la question qui nous préoccupera désormais sera celle de l'interface et du partage de connaissances entre les régulateurs, les marchés et la société civile. Ce sera celle des transferts de technologie, de connaissance, de la circulation de l'information pour une mise en ?uvre optimale des meilleures solutions.

Il ne s'agit plus de savoir si l'Inde doit passer aux énergies renouvelables et aux transports propres, mais comment mettre en oeuvre de tels projets. Il est trop tard pour s'interroger sur le plan d'action national de 2007 pour réduire l'intensité carbone des émissions de 20% en dix ans. Il ne faut plus espérer une seule baisse de l'intensité carbone mais une baisse des émissions elles-mêmes. Toutes les solutions doivent être considérées : investissements privés, fonds international, emprunts... Le partage du fardeau entre acteurs du marché et Etats semble inévitable.

L'expérience de Copenhague montre les limites de l'exercice du "sommet". La mise en réseau des informations, des solutions techniques et scientifiques, des considérations éthiques, sociales, économiques est nécessaire et fondamentale. Pour l'heure, tout cela est englouti et dispersé dans la capitale danoise, ses centaines d'expositions, ses milliers de tracts, ses millions d'articles, de films, de blogs. Pour n'être, au final, lus et vus que par quelques-uns.

Un parallèle avec des expériences contributives et participatives à succès, comme Wikipédia, s'impose. Car, en matière de développement durable, il n'y a pas une autorité. Pas un leader. L'autorité découle du partage d'information et de la prise en compte éclairée des composantes scientifiques, économiques, juridiques, sociales, humaines, politiques, autant qu'environnementales. Le modèle du sommet est dépassé, alors que la mise en réseau démontre sa pertinence. L'efficacité des prochaines étapes pour combattre le réchauffement climatique repose sur un changement de méthode. Plus qu'un sommet COP 15, c'est d'un Wiki-COP 16 dont le monde et ses décideurs ont besoin. Un lieu où la connaissance, les solutions sont élaborées et partagées.

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