L'entreprise, le profit et le bien commun

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L'entreprise de demain ne pourra plus guère s'abstraire de ses responsabilités à l'égard du monde extérieur, explique le président de l'Institut français des administrateurs. Les principes d'une bonne conduite sont connus, et concernent aussi bien la gestion des ressources, les rémunérations, le dialogue avec les parties prenantes, que la fiscalité. Le tout, avec un souci constant d'un comportement fondamentalement éthique.

"Le but ultime de l'entreprise n'est pas le profit, c'est de contribuer au bien commun." Tel sera, au dire de Klaus Schwab, l'inoxydable directeur du World Economic Forum, le fil conducteur de l'édition 2010 du forum de Davos. Dans ce lieu où l'on a vénéré depuis une vingtaine d'années la valeur actionnariale, le capitalisme mondial cherche à se régénérer et à retrouver la confiance des citoyens, gravement altérée par deux années de dérives et de crise.

Au-delà des effets de mode, de la communication ou de la gestion du risque de réputation, de plus en plus nombreux sont les responsables d'entreprises, d'organisations syndicales, d'ONG qui cherchent à promouvoir l'entreprise socialement responsable, soucieuse d'efficacité et de rentabilité mais attentive aux effets de son activité sur l'environnement, le capital humain, la qualité de la vie en société, l'éthique collective. Pour traduire les intentions en actes, il nous faut aujourd'hui travailler sur les outils, diffuser les bonnes pratiques, démontrer que la responsabilité sociale des entreprises (RSE) est génératrice de performance et de valeur.

Le domaine dans lequel l'entreprise peut contribuer au bien commun est bien circonscrit par les dix principes du "Global Compact" des Nations unies, auxquels ont déjà souscrit plusieurs milliers d'entreprises : ils concernent, entre autres, la préservation des ressources rares de la planète (l'air, l'eau, la biodiversité), le respect et la promotion des droits humains, l'application partout dans le monde de la charte de l'Organisation internationale du travail, la lutte contre la corruption, etc...

Mais cela signifie que la RSE et le développement durable ne doivent plus faire l'objet d'un fascicule annexe mais être pleinement intégrés dans le projet stratégique, comme dans le système de gouvernance et de management de l'entreprise. Ainsi, certaines entreprises commencent à prendre en compte, dans les critères d'évaluation et de rémunération de leurs dirigeants et cadres, des objectifs relatifs à l'efficience énergétique, à la sécurité et à la santé des salariés, et à la promotion de la diversité. Les objectifs entrent ainsi au c?ur même de la gestion de l'entreprise. Mais il faudra aller plus loin : l'Institut français des administrateurs réfléchit actuellement au rôle et aux moyens d'action du conseil d'administration dans le champ de la valorisation de l'actif humain et de l'éthique.

Cela signifie aussi, comme l'avait recommandé le comité entreprise et RSE du Grenelle de l'environnement, que les sociétés cotées comme les entreprises publiques et mutualistes renforcent la qualité et la fiabilité des informations extra-financières qu'elles rendent publiques. Et qu'elles associent davantage les parties intéressées (conseil d'administration, instances représentatives du personnel, commissaires aux comptes, ONG) à leur élaboration et à leur contrôle.

Etre socialement responsable, c'est fondamentalement, pour l'entreprise, être bien intégrée dans la société où elle est immergée. Ce qui passe également par un dialogue de qualité avec ses nombreuses parties prenantes, qu'il s'agisse des clients, salariés, actionnaires, décideurs publics, mais aussi du monde de l'enseignement et de la recherche, des associations, des ONG, etc...

Enfin, on ne saurait évoquer la responsabilité sociale de l'entreprise sans parler de sa contribution à l'effort de solidarité. A travers l'impôt et les cotisations sociales, l'entreprise contribue largement au financement des services publics et de la protection sociale dont bénéficient tous nos concitoyens. Si l'impôt ne doit pas étouffer sa capacité d'initiative et de développement, l'entreprise ne saurait s'y soustraire.

Dernier principe, et de taille, sans lequel le reste serait inefficient : l'éthique. Car diriger une entreprise crée des droits et des devoirs. Le numéro un se doit ainsi d'être exemplaire en termes d'intégrité, d'éthique, de sens de l'intérêt collectif. Davos ne pourrait-il pas travailler à une charte éthique du dirigeant ?

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Commentaires
a écrit le 11/10/2016 à 9:31 :
L’objectif d'une entreprise privé se limite à la maximisation du profit.... POINT FINAL! Le reste n'est qu'habillages et mensonges.
a écrit le 28/01/2010 à 11:18 :
A verser parmi les multiples manières dont une grande entreprise peut concilier performance économique et RSE : et si l'entreprise faisait don, à des associations d'intérêt général, de ses ressources perdues, de ses invendus et des temps morts inévitables de ses salariés ? sait-on que les économies d'impôts "mécénat" permettent souvent de financer 100% des frais induits par cette manière de donner ?

Cela se fait dans le domaine alimentaire et c'est l'un des modes d'approvisionnement d'associations telles que les Restos du Coeur.

Mais cela se fait aussi pour les invendus non alimentaires, avec des associations telles que l'Agence du Don en Nature ou bien Dons Solidaires.

La matière grise perdue aussi peut faire l'objet de dons : tous ces temps morts des cadres en transition de carrière, des managers à quelques semaines ou mois de la retraite, et les milliers d'ingénieurs en intercontrat chaque jour dans le secteur des services informatiques, qu'en fait-on ? Fait-on suffisamment connaître des manières de donner telles que le wecena (http://www.wecena.com/apropos) ?

Développer cette manière d'exercer sa RSE ne coûte rien de plus qu'un peu d'attention du dirigeant pour qu'il décide de s'engager. La mise en oeuvre peut s'appuyer entièrement sur des entreprises à vocation sociale spécialisées. Profitons-en, cela bénéficie à nos biens communs.

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