Abcès au logement

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Par Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction de La Tribune.

La Fondation Abbé-Pierre a donné les chiffres hier : il y a en France 100.000 SDF, trois millions et demi de mal-logés (dont 600.000 enfants) et 6,6 millions de personnes en situation très fragile. Cela veut dire, pour chacune des personnes concernées, promiscuité, insalubrité, insécurité, maladies.

Face à cette situation, qui non seulement dure mais empire, que fait l'Etat ? Il persévère dans une politique qui ne marche pas. Les ministres du Logement passent et laissent leur nom à un ou plusieurs dispositifs de détaxation des investissements (Scellier, Besson, Borloo, Périssol, Robien) dont on voit bien l'effet sur le patrimoine des ménages aisés, mais pas sur les affres des mal-logés. Dans le budget 2010, dix "niches pour investisseurs" coûtent en tout 638 millions d'euros.

La détaxation de l'épargne logement et les prêts à taux zéro, à destination surtout des classes moyennes, pèsent 1,5 milliard. La dotation aux HLM, en comparaison, n'est que de 700 millions d'euros. L'idée que le privé est plus efficace que le public, qu'il est donc sain, pour favoriser le logement des plus pauvres, de subventionner les plus riches afin qu'ils investissent dans la pierre, ne résiste pas à l'expérience. Benoist Apparu, le secrétaire d'Etat au logement, admet lui-même que 75% de ces investissements vont là où l'on en a pas besoin. Ils sont purement spéculatifs.

Il faut arrêter d'amuser la galerie avec des mesures inapplicables comme le droit opposable au logement. La navrante vérité est que le logement n'est pas une priorité politique aujourd'hui dans notre pays. Il suffit de voir le poids des ministres qui s'en occupent. Christine Boutin l'a expliqué avec amertume après son renvoi du gouvernement. Augustin Legrand, l'animateur des Enfants de Don Quichotte, disait hier sur France Info que les préfets ne font pas le travail minimum consistant à constater l'insalubrité des logements pour obliger les propriétaires à y effectuer des travaux. Le faire ne coûterait pas un sou de plus à l'Etat.

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Commentaires
a écrit le 03/02/2010 à 11:29 :
C'est proprement un scandale. Les aménagement censés favoriser les investissements dans le parc locatif aurait dû être limité aux petits investisseurs privé, en insistant sur le côté social. Dans notre cas, nous avons joué le jeu et louons un T4 en Haute Savoie à 720 ?... ou le coût moyen d'un loyer pour une prestation équivalente est de 850/900 ?.

Malheureusement, trop de nos concitoyens ne pensent qu'à s'enrichir sur le dos des autres, l'argent étant devenu la valeur phare...
a écrit le 03/02/2010 à 10:53 :
Le constat est lumineux mais pourquoi qualifier de spéculatifs des placements immobiliers dont le moins que puisse en attendre tout investisseur est qu'ils soient rentables.Une rentabilité raisonnable
de 3 à 5 % aujourd'hui suppose un paiement des loyers
ce que les pouvoirs publics n'assument pas .
Dés lors tout placement locatif ne peut s'adresser qu'a un groupe privilégié qui tient ses engagements.
Les pouvoirs publics ont donc deux solutions:
1/Prélever plus d'impots et dévelloper les logements sociaux.
2/Assurer qu'un propriétaire subissant un impayé ne
sera pas contraint malgré lui de faire du social ce qui n'est pas sa vocation.
Un mixage des deux serait un début de solution mais ce que nous voyons c'est Ni impots ni ordre public et ce sont les plus défavorisés qui en souffrent
a écrit le 03/02/2010 à 10:50 :
Entièrement d'accord avec vous.
Aujourd'hui les familles qui veulent acheter pour se loger se retrouvent en compétition avec des particuliers "investisseurs aisés" qui souhaitent avant tout faire des économies d'impôts. Cela a pour conséquence une hausse des prix qui exclue les primo accédents. De plus je connais quelques familles qui en sont à leur 2nd depuis qu'il existe!
Pour les "particuliers investisseurs", certes il y a un risque mais l'effort financier est moindre que pour une famille car la mensualité de l'emprunt à rembourser est amoindri par le loyer perçu....

Conclusion, on achète un T2 via Robien, on économise de l'impôt, et on loge ses enfants pour par cher.
a écrit le 02/02/2010 à 22:22 :
350 millions d'euros de subventions en 2007 pour le PACT, une des nombreuses associations qui s'occupent d'amélioration et de réhabilitation d'habitat social, ce n'est pas rien! Si on additionne les subventions des autres associations du même type, aux 700 millions indiqués, cela fait beaucoup, à moins qu'il y ait des fuites?

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