Attention aux idées reçues sur le yuan  !

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Par Marc Fiorentino, stratège d'Allofinance.com.

Quand on parle du yuan, nous sommes tous tellement concentrés sur le fait qu'il FAUT que les Chinois réévaluent et cessent leur dumping commercial par la sous-valorisation de 40% de leur monnaie et tous tellement convaincus qu'ils ne le feront pas, ou si peu que ce sera à peine perceptible, que nous ne nous posons pas une question pourtant essentielle : quelles seraient les conséquences d'une réévaluation très significative du yuan ? Et vous allez voir que la réponse n'est pas aussi évidente qu'il y paraît.

En première analyse, tout le monde a tendance à donner la même réponse : si le yuan est réévalué, la Chine verra ses exportations chuter et les Etats-Unis et l'Europe seront plus compétitifs. Dès lors, on assistera à un rééquilibrage mondial des surplus et des déficits commerciaux. Conclusion : ce sera donc une très mauvaise nouvelle pour la Chine et une très bonne nouvelle pour les autres pays. Hep ! Pas si vite ! Creusons un peu le sujet.

1. La première conséquence d'une réévaluation du yuan serait... une hausse immédiate de l'inflation dans les pays importateurs. Le coût de nos chaussettes, chemises, machines à laver, réfrigérateurs, meubles et autres produits "made in China" connaîtrait une augmentation immédiate qui viendrait plomber un pouvoir d'achat déjà en berne. "Bad news".

2. Ni l'Europe, ni les Etats-Unis ne sont capables de produire ce que la Chine produit. Même si les coûts de production en Chine augmentaient de 15% à 20% en cas de réévaluation majeure, le pays serait toujours aussi compétitif. Nous n'allons pas, du jour au lendemain, ni en un an, ni en dix ans "réindustrialiser" l'Europe pour de la production de masse. Qui a envie d'ouvrir aujourd'hui une usine de 10.000 ouvriers en France ?

3. Une hausse du yuan provoquerait certes un repli des surplus commerciaux chinois, mais elle entraînerait un enrichissement instantané de la Chine, qui lui donnerait des capacités d'investissement à l'étranger presque sans limites. Aux appels au protectionnisme contre les exportations chinoises succéderait l'appel au protectionnisme contre les investissements chinois.

4. Dans l'hypothèse où la Chine exporterait moins, ses réserves de change diminueraient et elle aurait donc moins de dollars de recettes et moins de dollars à investir dans la dette américaine.

5. Si le yuan réévalue, la banque centrale chinoise n'a pas besoin d'acheter des dollars tous les jours pour bloquer la progression du yuan, comme elle le fait aujourd'hui, et là encore elle aurait moins de dollars à investir dans la dette américaine.

Dans ces deux cas, la hausse des taux d'intérêt américains à long terme serait immédiate et dévastatrice.

6. Si le yuan est réévalué, la demande intérieure chinoise pourrait momentanément être relancée, mais on ne peut avoir aucune certitude sur le sujet, aucune.

Pas si simple donc...

Le 15 avril, le Trésor américain devait rendre son rapport ? finalement reporté ? et décider si la Chine mérite d'être frappée du sceau de l'infamie en étant qualifiée de "manipulatrice" pour sa monnaie. Cette décision serait lourde de conséquences. Elle entraînerait automatiquement des sanctions sous forme de taxes sur les importations chinoises, sauf si... la Chine décide de réévaluer sa monnaie avant que les sanctions ne soient appliquées. Ce qu'elle fera. La Chine n'aime pas agir sous la contrainte, mais elle ne prendra pas le risque d'un affrontement commercial avec les Etats-Unis. Elle le fera d'autant plus volontiers qu'à ce stade de son développement, comme on l'a vu, la réévaluation du yuan serait, contre toute attente, NEGATIVE pour les Etats-Unis et POSITIVE pour la Chine.

Les Etats-Unis le savent, l'administration Obama le sait, le Congrès américain le sait et le Trésor américain le sait. Mais aujourd'hui, il faut, comme au début des années 90 avec le Japon, répondre à la colère des ouvriers américains licenciés qui voient dans la Chine la source de leur malheur. Il n'est donc plus possible de faire machine arrière. La grande marche du yuan a commencé et ce n'est pas une bonne nouvelle.

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Commentaires
a écrit le 10/05/2010 à 16:47 :
Oh là là, c'est très grave cela. Si les produits chinois devenaient chers!!!
Mais non, monsieur Fiorentino. Cela pourrait peut-être nous permettre de nous rendre compte à quel point la socièté de consommation fait de nous de pauvre mouton panurge, toujours prêt à consommer, consommer, consommer.
Vous dites que nous ne sommes pas capable de produire ce que produit la Chine : Savez vous que l'automatisation a fait beaucoup de progrés? Il est devenu inutile d'avoir des usines de 10 000 ouvriers!
Je ne vois pas comment les pays occidentaux peuvent s'en sortir sans réindustrialiser". Un jour, il faudra bien passer à la TVA sociale ou quelquechose de similaire.
A+
a écrit le 12/04/2010 à 9:01 :
Ridicule ce Fiorentino, il donne des idées reçues et finalement il retourne son veste ! bravo l'artiste

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