Les droits de l'"Homo numericus"

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Par Valérie Segond, éditorialiste à La Tribune.

La secrétaire d'Etat à l'Economie numérique lance une consultation publique sur le droit à l'oubli ? Eh bien, il faut s'en saisir. Vous avez jusqu'au 31 mai pour réfléchir à votre rapport aux technologies. Et pour défendre une conception élargie du droit à l'oubli qui ne s'arrête pas au droit de faire taire son passé, de changer d'avis et de vie, mais qui englobe une certaine conception de la vie privée ici et maintenant.

En clair, ce sont bien les droits de l'"Homo numericus" qui sont en jeu, droits de plus en plus menacés par l'infiltration des technologies dans nos vies. Pourtant, cette opération risque de déboucher sur des engagements symboliques sans réelle portée. D'un côté, les grands acteurs américains du secteur font un lobbying intense auprès de Paris comme de Bruxelles, pour que tout cela débouche sur une simple "charte d'engagements" des professionnels à effacer les données personnelles à la demande expresse des intéressés. Seulement, si Google a créé un service "Dashboard" permettant aux internautes de consulter et de supprimer les informations les concernant, tout le modèle économique de ces géants de l'Internet repose sur l'exploitation commerciale des données personnelles de leurs utilisateurs. Et on a vu dans la banque la force de l'autorégulation.

De l'autre, le gouvernement français ne veut pas d'une loi contraignante : lorsque la proposition de loi des sénateurs Yves Détraigne et Anne-Marie Escoiffier visant à faciliter la suppression des données personnelles a été examinée au Sénat, il n'a eu de cesse de l'amender pour l'affaiblir. Officiellement, la plupart des serveurs étant aux Etats-Unis, la loi serait inopérante. Et, ajoute-t-il, mieux vaut attendre que la révision de la directive européenne de 1995 sur la protection des données personnnelles soit achevée pour adapter notre réglementation. Mais officieusement, le gouvernement ne veut pas donner à la Cnil davantage de moyens de contrôle des responsables de traitement informatique, en particulier pour les fichiers de la police. Donc pas plus aujourd'hui dans les TI qu'hier dans la banque, les Européens n'auront le cran, ni l'envie, de s'opposer à la vision américaine de la liberté.

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Commentaires
a écrit le 16/04/2010 à 6:06 :
Internet est un lieu d'échange (au départ) animer par des acteurs (avec une vision C2C et pas uniquement B2C) - les industriels veulent en faire un monde payant où ils sont les acteurs et nous, les consommateurs...Et si la France devenait à l'image de l'Internet où les FAI font ce qu'ils veulent on roulerait tous en DACIA (ou Peugeot) et on serait dans une dictature... plus d'échange - seulement des achats et parler de soi ! La liberté est un concept révolu en France depuis un bon moment ! et le chemin emprunté nous conduira à l'évidence que la liberté coûte 30? par mois pour lire son courrier dont 60% sont des pubs ! d'accord, le serveur ne fait pas grève, et on ne doit pas financer sa retraite et le courrier arrive dans la seconde... conclusion : INTERNET devrait payer les retraites de la POSTE ! en prélevant pendant le temps qu'il faut dans les caisses des FAI le flux de méga enregistré...(pour le courrier) - c'est ça la vision juste des choses...

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