Taxer les banques ne sert à rien

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Par Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune.

Taxer les banques, cela peut soulager l'opinion publique, mais cela sert-il vraiment à quelque chose au regard du problème posé ? Voilà l'une des questions qui va animer le sommet du G20, ce week-end à Toronto, alors que plusieurs pays comme le Canada (pays hôte), mais aussi l'Inde ou le Japon, tous relativement épargnés par la crise bancaire de 2008, s'y opposent.

On peut comprendre la logique punitive : faire payer aux ­banques une partie du coût de la crise. Mais on voit mal en quoi une simple taxe va réduire les effets de levier de celles qui prennent des risques excessifs sur les marchés. De ce point de vue, la France a adopté une démarche plus ciblée - prendre en compte les activités les plus risquées - que l'Allemagne ou le Royaume-Uni, dont la logique est assurantielle pour la première, ou strictement budgétaire pour le second.

La Commission européenne avait eu le mérite de présenter une approche cohérente : financer un fonds communautaire de mutualisation des risques, afin de pas laisser le coût d'une éventuelle nouvelle crise financière aux seuls contribuables. Mais personne n'en a voulu. La décision unilatérale prise par la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ne va conduire qu'à renforcer les banques des pays qui n'appliqueront pas la taxe bancaire.

Dans un monde d'interdépendance, la réponse au risque systémique ne peut être que mondiale et passe par la redéfinition des exigences en fonds propres. Mais les banques bloquent les travaux du Comité de Bâle en faisant valoir qu'une application trop rapide de ces règles fragiliserait la reprise en freinant le crédit. Elles prennent ainsi l'économie en otage au nom d'un espoir de rentabilité qui appartient désormais à un autre temps.

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