L'or, l'étalon et la valeur de la monnaie

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En pleine guerre des monnaies, l'idée d'un étalon or a resurgi. Hormis les cas de dictature, où ce choix protège les citoyens contre l'arbitraire du tyran, l'étalon or est un remède bien pire que le mal. Il conduit à une politique monétaire aveugle, source de dépressions économiques. La vraie solution réside dans les changes flottants.

Personne n'a jamais pu expliquer pourquoi la monnaie avait de la valeur, qu'elle soit basée sur l'or, les coquillages, l'argent ou encore sur le papier. Voilà un grand mystère. La chose qui sert à mesurer la valeur, personne ne sait pourquoi elle a elle-même de la valeur. En fait, il y a toujours eu deux réponses à cette question. Celle de Platon : la monnaie est une convention entre les parties. Celle d'Aristote : la monnaie a une valeur intrinsèque fondée sur son coût de production, ce qui est une idiotie économique puisque cela fait référence à la valeur travail, dont nous savons du point de vue théorique (depuis les Autrichiens) que ce concept est faux.

On ne peut donc être autrichien et favorable à l'étalon or ; à mon avis, puisque les Autrichiens pensent que la valeur est d'origine psychologique, ce qui se rapproche beaucoup plus d'une convention que de la valeur travail. Cependant, beaucoup de ceux qui se réclament des Autrichiens ont été favorables à l'or ou le sont encore par hostilité à l'État et par une prise de position un peu infantile qui soutient que l'État fait toujours tout de travers. En fait, ils sont beaucoup plus libertariens que libéraux. Je ne suis pas un libertarien.

Je suis platonicien et la monnaie est donc une convention sociale. Le Christ dans les Évangiles nous dit de surcroît que la monnaie ressort de l'État. En cas de litige entre les parties, l'État qui dispose du monopole de la violence légitime, par ses tribunaux et ses gendarmes, fait régner le droit en faisant respecter les contrats.

La monnaie est donc un bien commun dont l'État assure la gestion de façon décentralisée et indépendante du pouvoir politique mais qu'en aucun cas il ne possède ou ne contrôle. Un peu comme la justice... ou, plutôt, un peu comme la justice devrait être.

Ce qui nous amène à l'organisation de l'État. Si nous avons un État tyrannique, le recours à l'or par les particuliers se justifie. L'or est en fait la plus vieille convention existante chez les humains pour se protéger contre une spoliation étatique non fondée sur le droit ou la loi. Si donc nous avons une tyrannie ou une démagogie au pouvoir, s'exprimant par exemple au travers d'un contrôle des changes, alors l'or est l'une des solutions. Si nous avons une démocratie des Vertueux - au sens de Platon -, alors nul n'a besoin de l'or. Les Suisses n'ont guère besoin de l'or. Le franc fuisse leur suffit.

Les contre-indications à l'utilisation de l'or comme monnaie sont par contre gigantesques du point de vue macroéconomique.

1. Le XIXe et le XXe siècle jusqu'à la Grande Dépression ont été le théâtre d'énormes dépressions récurrentes et la volatilité du PNB a été infiniment plus forte pendant l'étalon or qu'après.

2. Les pays ayant des excédents des comptes courants et donc accumulant de l'or n'ont pour ainsi dire jamais laissé monter leurs masses monétaires. La France a été l'une des grandes responsables de la dépression des années 1930. L'étalon or amène automatiquement tout un chacun à devenir mercantiliste, puisque le succès se mesure au nombre de tonnes d'or que vous avez dans vos caves à la banque centrale. Un homme comme Rueff, bon fonctionnaire s'il en fut et qui n'a jamais souffert des dépressions que sa politique engendrait, a foutu en l'air l'économie française en 1934 (déflation Laval, bloc or) comme peu de gens l'avaient fait avant lui depuis Colbert, ce qui nous a amené le Front populaire en 1936, lequel nous a laissés sans défense en 1940. Brillant résultat.

L'or est une brute aveugle, qui peut certes forcer des tyrans ou des démagogues à changer leur politique, et encore, mais c'est une brute aveugle, sourde et imbécile. Quand on compare cette brute avec la merveille que sont les taux de change flottants, il n'y a pas photo. Une variation du taux de change est en effet l'une des façons les plus efficaces d'absorber un choc externe sans trop de dégâts, tandis que l'histoire des taux de change fixes est une véritable litanie de désastres, comme l'euro nous le démontre à nouveau. Et l'étalon or est le pire de tous les systèmes de taux de change fixes.

La réalité objective est qu'une politique monétaire menée selon des principes sages et démocratiques permet à l'économie de se développer harmonieusement. Laisser les banquiers centraux et les monnaies en concurrence est ce qui assure la discipline bien mieux que n'importe quoi d'autre. Évitons en particulier l'erreur « trichetienne » ou un deus ex machina gérant un monstre comme l'euro en nous expliquant que lui saura mener une politique monétaire convenant à la fois aux Grecs et aux Allemands, ce qui, chacun le reconnaît aujourd'hui, est idiot. Le problème arrive bien sûr lorsqu'une démocratie importante (les États-Unis aujourd'hui, la France en 1981) sombre dans la démagogie. Mais l'électorat s'en occupe, en général, comme nous l'avons vu en Suède, au Canada, aux États-Unis sous Reagan et avec Mme Thatcher. Il suffit pour que le côté « bien commun » de la monnaie soit respecté, que l'indépendance de la banque centrale soit inscrite dans la Constitution tout comme l'interdiction de présenter des budgets en déficit. C'est ce qui s'est déjà produit en Suède, au Canada, en Allemagne, en Suisse. C'est ce que les Tea Party veulent faire passer aux États-Unis. En conclusion, il me semble plus simple de virer les démagogues et de les remplacer par des démocrates que de confier mon sort à une brute incompétente au prétexte que cette brute n'obéit pas à l'Etat. J'ai toujours préféré la démocratie à la tyrannie, même en matière monétaire...

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