Salaires : vers un monde plat

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Par Olivier Provost, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

"The world is flat", le monde est plat : tel était le titre d'un des best-sellers économiques de ces dernières années, signé du chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman, racontant l'uniformisation de la planète mondialisée, sans frontières commerciales ni politiques, soumise à l'influence de la révolution numérique à l'aube du XXIème siècle.

L'évolution des salaires mondiaux décrite par le Bureau international du travail (BIT) laisse penser que l'on va aussi à terme vers une géographie plate des salaires, à l'issue d'une inexorable convergence. Les rémunérations en Occident stagnent quand celles dans les pays émergents progressent à pas de géant. Certes, comme les premières partent d'un niveau élevé et les secondes d'un étiage extrêmement bas, il faudra des dizaines d'années avant de parvenir à leur rapprochement. Et il faudrait aussi, pour être tout à fait rigoureux dans la comparaison, prendre en compte le niveau de vie local (qui va certes progresser parallèlement aux salaires), la productivité (dont les gains vont avoir tôt ou tard des limites), l'inflation et les parités monétaires.

Mais même malgré ces réserves, en prolongeant les courbes, on arrive à cette situation où le différentiel entre pays développés et pays émergents (devenus émergés) tend à s'estomper. Une bonne nouvelle, se disent les Occidentaux qui voient déjà le moment où ils n'auront plus à souffrir de la concurrence, forcément déloyale à leurs yeux - sauf quand il s'agit de sous-traiter ou d'acheter des produits - des Chinois, Brésiliens et autres Indiens. Encore faut-il qu'il reste quelqu'un pour se réjouir. L'exemple sud-coréen est édifiant : voilà un pays qui, il y a vingt ans, grâce à des salaires très bas, a ravi aux Européens le leadership dans la construction navale. Aujourd'hui, les coûts salariaux en Corée sont quasiment au niveau de ceux pratiqués dans nos contrées. Mais les trois premiers constructeurs de bateaux au monde sont... sud-coréens. Séoul a su conserver l'avantage acquis. Qui pense que Shanghai ne saura pas le faire ? 

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