"Nouveau monde, nouveau capitalisme", version 2011

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DR (Crédits : Reuters)
Par Eric Besson, ministre de l'Industrie, de l'énergie et de l'économie numérique.

La France a plutôt bien résisté à la crise mondiale. Elle le doit à la politique économique courageuse impulsée par le président de la république et le Premier ministre. Elle le doit aussi aux efforts des Français, qui sont conscients des enjeux auxquels notre pays doit faire face. L'économie mondiale est en pleine transformation. Au rythme actuel, la Chine sera en 2050 la première au monde, devant l'Europe et les Etats-Unis. Parmi les six premières économies mondiales, trois seront celles de grands pays dits "émergents", qui seront en réalité "submergents".

C'est l'enjeu principal du colloque "Nouveau monde, nouveau capitalisme" que j'organise et dont la troisième édition a lieu les 6 et 7 janvier à Paris. C'est aussi l'un des enjeux de l'année qui s'ouvre : la poursuite des réformes en France et en Europe, et la construction d'une nouvelle gouvernance mondiale avec la présidence française du G8 et du G20.

La préparation de ce colloque s'est appuyée sur un important travail d'économistes de tous horizons, ainsi que sur les travaux du Centre d'analyse stratégique (CAS) et du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII), publiés sur le site http://www.colloquenouveaumonde.fr.

Je suis convaincu pour ma part que la croissance de demain se jouera d'abord dans notre capacité à innover. Les aides à la R&D française ont bénéficié d'un effort considérable ces dernières années, avec le triplement du crédit d'impôt recherche, la création du Fonds stratégique d'investissement, l'augmentation des moyens d'Oséo, ou encore les 35 milliards d'euros des investissements d'avenir. Nous devons veiller à ce que ces soutiens soient encore mieux ciblés sur l'industrie. Rappelons-nous que l'industrie représente à elle seule plus de 80% des exportations de la France et plus de 90% de sa dépense privée de recherche et développement.

La croissance de demain se jouera aussi dans notre compétitivité. Celle de notre système de formation, celle du coût et de l'organisation du travail, celle du capital et de l'investissement, mais aussi celle de nos infrastructures, qu'il s'agisse des transports, de l'accès à l'énergie et aux matières premières, ou de l'Internet haut débit.

Mais cette croissance de demain ne pourra être durable sans un environnement mondial plus équilibré. Les grandes économies émergentes, qui accèdent désormais au G20, sont appelées à prendre toutes les responsabilités liées à leur poids croissant dans l'économie mondiale, en matière de droit du travail, de protection de l'environnement, de transparence financière ou d'aides d'Etat. L'Europe ne peut se résigner à devenir une zone de consommation, d'ouverture aux échanges et de concurrence, sans se préoccuper de renforcer ses capacités de production. Elle doit demander la réciprocité.

Par ailleurs, la crise a montré toute l'importance de règles nouvelles pour la finance mondiale. La crise de la dette privée des ménages américains s'est muée en crise de la dette des banques puis en crise de la dette des Etats. Il faut aujourd'hui veiller à préserver l'équilibre entre l'assainissement des finances publiques d'une part et le soutien à la croissance et l'emploi d'autre part, entre l'accroissement des obligations prudentielles des banques d'une part, et la crainte d'un accroissement du coût du crédit d'autre part. Mais, comme le montre le CAS, l'assainissement des finances publiques et la hausse des exigences prudentielles sont en réalité favorables à la croissance de long terme. Réduire la probabilité de crises graves constitue un bénéfice pour notre économie.

Cette nouvelle gouvernance de l'économie mondiale doit être plus favorable à l'économie réelle. Les années récentes ont connu une volatilité accrue des prix des matières premières. Nous devons instaurer là aussi plus de régulation et de transparence, pour mieux comprendre les forces à l'oeuvre, et surtout éviter des évolutions négatives, comme l'apparition d'opérateurs dominants sur certains marchés.

Le président de la république a donné à la France un rôle de fer de lance dans la construction d'une nouvelle gouvernance mondiale. Il fut à l'initiative de la première réunion, le 15 novembre 2008, en pleine crise financière, des chefs d'État et de gouvernement des vingt premières puissances économiques mondiales. Nul doute qu'il faudra une volonté forte de l'ensemble des responsables publics, et une vision claire et positive des transformations à mettre en oeuvre, pour poursuivre ces efforts. C'est bien le message que nous entendons porter au cours de ce colloque "Nouveau monde, nouveau capitalisme", comme tout au long de l'année 2011.

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