Les nouveaux défis d'Ariane

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L'avenir du lanceur spatial européen dépendra de plus en plus du soutien de la France et de l'Allemagne pour maintenir un leadership face aux ambitions de nouveaux concurrents, notamment chinois et indiens.

Le 14 décembre dernier, lors de sa visite à l'usine Snecma de Vernon où sont réalisés les moteurs du lanceur européen Ariane 5, Nicolas Sarkozy signait une convention débloquant 82,5 millions d'euros, à prélever sur « le grand emprunt » et destinés aux premières études du successeur d'Ariane 5. L'objectif est de mettre en service une évolution d'Ariane 5, à savoir Ariane 5 ME (Midlife Evolution) en 2016 et Ariane 6 en 2025. Le coût de modernisation liée à Ariane 5 ME devrait être de 1,5 milliard d'euros, dont la moitié serait financée par la France. Si Nicolas Sarkozy affirmait que "l'ambition française dans le domaine spatial reste une priorité absolument stratégique", cette ambition dans les lanceurs doit être partagée par les autres pays de l'Agence spatiale européenne (ESA). À cet effet, une conférence ministérielle des pays européens concernés est programmée en 2012.

C'est à la fois la compétitivité commerciale de l'Europe en matière de lancements, le maintien d'un accès autonome à l'espace et celui de la compétence technologique qui a d'ailleurs des retombées dans des secteurs connexes qui sont en jeu. Ce pas franchi par le président s'inscrit aussi dans la politique française en matière de lanceurs depuis près de cinquante ans, à savoir tracer la route dans ce domaine, en Europe.

Rappelons qu'Ariane 5 est essentiellement dédiée au lancement sur orbite de transfert géostationnaire (200 x 36.000 km d'altitude) des satellites de télécommunications dont le nombre annuel restera assez stable, aux alentours de 20 par an, au cours de la prochaine décennie, mais dont la masse moyenne augmente d'environ 125 kg par an. Il faut donc donner à Ariane, dès 2016, une capacité d'emport supérieure d'environ 2 tonnes à celle d'aujourd'hui (10 tonnes) et améliorer sa compétitivité au niveau du prix de lancement. Car, leader mondial, Ariane 5 qui a lancé, en 2010, 60 % des satellites commerciaux de télécommunications, pour un marché estimé à un peu plus de 2 milliards de dollars (marché toutefois assez faible par rapport à d'autres secteurs comme l'automobile ou l'énergie), voit arriver une nouvelle concurrence. Ainsi, à l'horizon 2014-2015, à Ariane 5, au Proton russe, au Sea Launch américano-russo-ukrainien et à l'Atlas 5 américain viendront s'ajouter la famille des Longue Marche 5 chinoises et le GSLV Mark III indien. L'objectif de la Chine est désormais de devenir un acteur majeur du marché des satellites et des lancements commerciaux. Yin Liming, président de China Great Wall Industry Corp., déclarait en octobre dernier que son entreprise avait pour objectif de conquérir une part de marché mondiale de 10 % dans les satellites et 15 % dans les lancements commerciaux d'ici à 2015.

Bref, la concurrence en matière de lancements commerciaux risque à nouveau de rebattre les cartes. Autrefois dominateurs, les Américains sont pratiquement sortis du marché. Si elle veut survivre dans ce marché difficile, l'Europe doit donc adapter Ariane 5 face à une nouvelle concurrence qui bénéficie d'un coût de main-d'oeuvre bas et d'un taux de change favorable. Toutefois, en attendant Ariane 5 ME et Ariane 6, l'Europe disposera, pour la première fois, à partir du second semestre 2011, d'une gamme de lanceurs couvrant les orbites basses et géostationnaires : elle mettra en service à Kourou, au titre d'un accord entre la Russie et l'Europe, le lanceur moyen Soyouz dont la fiabilité et le coût sont deux atouts majeurs et le petit lanceur Vega construit en Europe sous maîtrise d'oeuvre italienne.

Mais le maintien de la compétitivité européenne passe aussi par une réduction des coûts de structure. Dans ce cadre, une mise en commun des équipes du Cnes et de l'ESA en charge des lanceurs tout autant qu'une réorganisation des responsabilités industrielles de production entre EADS et Arianespace sont des pistes possibles. Le lanceur européen aborde une nouvelle étape de son histoire. Outre les adaptations nécessaires, il ne manque pas d'atouts comme son excellente fiabilité (les 41 derniers vols sont des succès) au moment où l'un de ses concurrents - Proton - vient d'enregistrer un échec, mais aussi il bénéficie du soutien constant de la France et de l'Allemagne, les deux principaux contributeurs au programme.

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