Le livret A ou l'arroseur arrosé

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

On peut comprendre les banques. Elles qui avaient milité sans relâche, de Paris à Bruxelles, pour obtenir le droit de commercialiser le livret A lorsque celui-ci était réservé à La Poste et aux Caisses d'épargne, se retrouvent aujourd'hui piégées. Deux ans après avoir arraché sa banalisation, elles constatent que, loin de leur apporter les bénéfices espérés, l'usine à gaz qui lui tient lieu de mode de fonctionnement se retourne contre leurs intérêts. Elles se sont engagées, lors de cette banalisation, à apporter plus de 60% des fonds collectés à la Caisse des dépôts, à charge pour celle-ci d'assurer, via un fonds d'épargne, le financement du logement social.

En échange, les banques touchent une rémunération pour la collecte, le taux de commissionnement. Or, le gouvernement envisage à la fois d'augmenter le taux de centralisation à la CDC et de réduire le commissionnement. Les banques, à la recherche de dépôts bancaires pour répondre aux nouvelles règles de liquidité, crient à la spoliation. Car celles qui ont incité leurs clients à transférer leur épargne d'un compte non réglementé sur un livret A disposent désormais de moins de dépôts qu'avant. Pourtant, elles devront bien se rendre à l'évidence : le livret A n'a pas été créé pour elles. Et encore moins pour servir leurs intérêts.

Le livret A est une niche fiscale. C'est même une des rares dont peuvent bénéficier tous les Français, y compris ceux des milieux les plus populaires qui ne paient pas l'impôt. Il n'est donc pas illogique que l'Etat en fixe les règles, ni qu'il s'octroie quelques passe-droits. Les gains du fonds d'épargne ne servent pas qu'à financer le logement social, mais aussi à réduire le déficit public (de 70 milliards en 25 ans !). Demain, comme le suggère la Caisse des dépôts, ils pourraient financer les infrastructures du Grand Paris. On ne voit pas pourquoi une niche fiscale devrait aider les banques à résoudre leurs problèmes de liquidités. La banalisation du livret A, c'est l'histoire de l'arroseur arrosé.

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