La France qui tombe, pour mieux se relever

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Par Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune.

Et c'est reparti pour le déclin de la France. Il faut dire que les indices ne manquent pas, de la déprime nationale qui s'installe dans les têtes à la crise qui fait planer un air de fin du monde cataclysmique avec pour seule planche de salut la sortie inéluctable de l'euro. Dans "La France est-elle finie ?" (Fayard, 19 euros), Jean-Pierre Chevènement revisite le débat avec un regard historique et politique qui oblige, que l'on soit d'accord ou non, à se remettre en question.

Les premiers mots du livre sonnent juste : "la France qui, il y a un demi-siècle, nourrissait encore des rêves de grandeur avec le général de Gaulle, ou même, il y a trois décennies, l'ambition de "changer la vie ?" avec François Mitterrand, apparaît aujourd'hui comme un pays sans avenir, désespérant pour sa jeunesse. L'essentiel se passe ailleurs. » D'où la question qui tue : " La France serait-elle sortie de l'Histoire sans s'en apercevoir ? " Pour Jean-Pierre Chevènement, il ne sera pas possible de "réinventer l'avenir de notre peuple" sans avoir éclairci "l'énigme de cet effacement".

Le propos prend évidemment une acuité particulière au moment où le sentiment d'un décrochage entre la France et l'Allemagne, confirmé par les remarquables résultats de la croissance outre-Rhin en 2010, prend de la consistance. Et devient le nouveau " deus ex machina" de la politique économique française. Tous, de Nicolas Sarkozy à François Fillon, bien sûr, mais aussi à gauche, prennent le succès de notre voisin germain comme modèle, alors qu'il n'est pas forcément si évident que devenir "allemand" soit la solution pour une Europe qui doit regarder son destin en dehors de ses frontières, en Méditerranée et en Afrique notamment. De ce point de vue, ce qui se passe en Tunisie et en Algérie, doit nous faire réfléchir, à la lumière de ce qui est arrivé avec l'Europe de l'Est après la chute du mur de Berlin.

Jean-Pierre Chevènement revient longuement sur la question allemande, au travers d'une dénonciation sévère du "pari pascalien de François Mitterrand", résumé dans le traité de Maastricht. Face à l'inéluctable réunification des deux Allemagnes, la France aurait fait le choix de l'unification monétaire dans le seul but d'arrimer à l'ouest son puissant voisin. Or, nous dit Chevènement, "je ne croyais pas qu'on pût ligoter l'Allemagne en se ligotant soi-même". En d'autres termes, en faisant le choix de la monnaie unique, la France aurait renoncé à se fortifier en entrant dans un jeu de contraintes qui l'ont au final plutôt affaiblie.

Raisonnement un peu simpliste qui passe sous silence les apports de l'euro, qui ont sorti la France, comme l'Allemagne, des pièges des dévaluations compétitives et permis aux entreprises de partir à la conquête des marchés étrangers au moment où le monde basculait pleinement dans la mondialisation. Face à ce qu'il appelle une "fausse route", Jean-Pierre Chevènement ne prône pas pour autant l'abandon de l'euro, mais plutôt, ce qui est plus constructif, un changement des règles du jeu pour créer un véritable échelon politique à l'édifice européen. Pour l'élu de Belfort, le salut de l'Europe dépend plus que jamais dans la capacité du couple franco-allemand à unir ses efforts pour éviter la marginalisation de l'Europe. Car de fait, ce n'est pas la France qui tombe, mais bien l'Europe entière qui décline.

Pour en sortir, la France ne manque pas d'atouts, nous dit Chevènement. D'abord sa démographie, puisqu'elle sera au milieu du siècle l'une des populations les plus nombreuses d'Europe, avec 75 millions d'habitants dans trente ans, alors que l'Allemagne, elle, vieillit. Dans ce contexte, « rien ne serait pire » que de renoncer à l'idée de nation. "Renoncer à la France serait renoncer à la démocratie, à la capacité pour le peuple français d'être encore un peuple, bref de demeurer, et d'abord en Europe, l'acteur de son destin." Et d'en appeler à la jeunesse de France, à qui se propose selon lui "deux choix" : l'un, passif, d'une lente sortie de l'histoire pour se fondre "dans un magma sans tête à la remorque d'une Allemagne incertaine" ; l'autre, plus gaullien, de redevenir une nation libre et consciente d'elle-même, car, il s'en dit convaincu, "il n'y aura pas d'Europe européenne sans la France".

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