Un nouveau monde de la formation supérieure et de la recherche

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DR (Crédits : © Hervé THOUROUDE)
Par Axel Kahn, président de l'université Paris-Descartes et de la commission recherche de la CPU.

Après le mouvement des chercheurs de 2004 et la loi de 2006 qui en tire certaines conséquences, la loi sur la liberté et les responsabilités des universités d'août 2007 et l'accession à partir de janvier 2009 des premiers établissements à l'autonomie marquent une nouvelle étape d'une vaste réforme du système universitaire. Le plan Campus de 2008 et les Investissements d'avenir (par exemple le "grand emprunt") font le reste, incitant à de vastes regroupements qui recomposent le paysage.

Le plan Campus était destiné à financer des travaux immobiliers de campus associant plusieurs établissements, ce qui favorisera les pôles de recherche et d'enseignement supérieur (Pres) apparus en 2006 et incitera à en créer de nouveaux, en particulier à Paris. Cette tendance a été amplifiée encore par les appels d'offres pour des investissements d'avenir dont le plus conséquent et structurant est "l'Initiative d'excellence" (Idex). Il s'agit de sélectionner en France une dizaine de sites d'enseignement supérieur et de recherche remarquables par leurs laboratoires, la qualité de leurs diplômes, leur partenariat avec le tissu socio-économique et leur rayonnement international. Les conditions annoncées de sélection reposent sur la potentialité transformante des projets élaborés, tant sur les plans scientifiques et pédagogiques que sur celui des perspectives de valorisation économique, et sur une gouvernance crédible, efficace et stable. Les lauréats devraient disposer d'un capital de 700 millions à 1 milliard d'euros dont les intérêts garantis - soit 30 à 35 millions par an - serviront à financer les différents "projets d'excellence" de l'Idex.

Ces perspectives tranchent bien sûr avec les inquiétudes légitimes des universités autonomes quant aux répercussions de la crise économique sur leurs marges d'action. L'accès aux fonds des Investissements d'avenir apparaît à tous comme le moyen de poursuivre une politique universitaire ambitieuse dans la rigueur des temps. Les universités accélèrent donc leurs regroupements, tendent à resserrer leur gouvernance, voire en imaginent de nouvelles formes de nature à accroître leur éligibilité au Saint-Graal des Idex.

Au total, les effets cumulés des modifications législatives et réglementaires, des appels d'offres Campus et Investissements d'avenir et de la crise économique contribuent à une modification radicale du paysage universitaire français. Partout émergent de très gros ensembles pluridisciplinaires comptant de quarante mille à plus de cent vingt mille étudiants. Qu'il s'agisse de Pres ou d'établissements fusionnés, leur offre de formation se compose de centaines de spécialités de masters, ils comptent pour certains jusqu'à sept à huit mille doctorants, des milliers de chercheurs et souvent plus de dix mille personnels divers, enseignants-chercheurs et autres. Les budgets totaux de tels sites pourront dépasser le milliard d'euros par an et ils deviendront des acteurs majeurs de l'effort de recherche et d'innovation sur le territoire.

En effet, le redéploiement auquel nous assistons dans le monde universitaire s'opère en parallèle à et implique un rééquilibrage des rôles entre les organismes de recherche (CNRS, Inserm...) et le monde universitaire. Les puissants sites régionaux labellisés Idex seront le creuset géographique où interagiront les universitaires, les personnels et dirigeants des organismes de recherche, les acteurs socio-économiques et les représentants des collectivités territoriales, un outil majeur de la réalisation de leurs missions.

Reste une composante essentielle du tissu national d'enseignement supérieur et de recherche que je n'ai pas encore évoquée : les grandes écoles à recrutement sélectif. Prestigieuses, drainant une partie importante des élèves les plus doués et disposant pour leur formation d'un budget qui peut atteindre par étudiant le double de celui des universités, elles sont depuis deux siècles à la fois une chance et un handicap majeur du système français. À l'heure de la mondialisation des standards, elles sont cependant de plus en plus conscientes que n'être pas des universités nuit à leur lisibilité internationale et observent, avec lucidité, que l'immense majorité du potentiel scientifique et d'enseignement supérieur se concentre dans ces nouvelles structures Pres-Idex. Tout les pousse, par conséquent, à s'intégrer au mouvement, ce qui suppose de trouver les moyens de surmonter les obstacles importants que créent encore leurs différences de statut et de financement avec les universités.

En définitive, c'est bien un monde nouveau de la formation supérieure, de la recherche et de l'innovation qui émerge et prendra forme en 2011. Il est l'un des facteurs essentiels de la position de la France face à la crise et dans le monde. Mes premiers voeux pour cette nouvelle année lui sont donc réservés, voeux pour son succès, son efficacité et son financement suffisant.

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