La majorité peut encore gagner en 2012... mais sans Sarkozy

Par Bruno Jérôme et Véronique Jérôme-Speziari, chercheurs au Larpega Paris II, cofondateur d'ElectionScope.

4 mn

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Si les récents sondages préélectoraux publiés coup sur coup par France-Soir (Ifop 18/2/11) et Marianne (CSA 19/2/11) confirment la tendance amorcée il y a six mois, Dominique Strauss-Kahn sera élu président de la République - s'il se présente et gagne les primaires - et battra Nicolas Sarkozy à plates coutures au second tour avec un écart allant jusqu'à 22 points selon CSA. Pire encore pour le président sortant, Marine Le Pen le talonnerait de 2 ou 3 points au premier tour (Ifop).

Pour nos simulations politico-économiques, la majorité conserve quelques chances, mais elle souffre d'un handicap certain : le niveau de crédibilité de Nicolas Sarkozy, qui érode son potentiel électoral. Nos travaux reposent sur la théorie de la responsabilité gouvernementale où l'électeur est un juré qui récompense ou punit le sortant selon son bilan. En France, le vote est en grande partie un "vote économique", rétrospectif, avec le taux de chômage comme variable "lourde", plutôt que "prospectif" sur la base des seuls programmes. Les électeurs sont dits en rationalité limitée, contraints par une asymétrie d'information et l'incertitude dans laquelle ils sont quant aux vraies préférences des candidats et à leur capacité de tenir leurs promesses.

A l'inverse des sondages, on explique le vote par l'évolution de déterminants économiques objectifs et des données politiques traduisant la dynamique partisane des territoires français. À cela s'ajoute un indice de crédibilité de l'exécutif captant la sensibilité de l'opinion aux événements politiques et économiques de court terme. Si la cote de popularité préélectorale n'est pas intégralement transposable en votes, elle est un signal du "seuil de mécontentement" à ne pas franchir. En conséquence, si les électeurs se comportent en moyenne comme ils l'ont fait dans le passé, le modèle permet d'effectuer une simulation du potentiel électoral des camps en compétition pour 2012. D'aucuns rétorqueront que l'électeur serait de plus en plus consumériste donc infidèle et opportuniste, se décidant le dernier jour dans l'isoloir. Or, on observe que les électeurs ont conscience de l'intérêt général et savent faire le lien entre la situation économique globale et leur situation personnelle. De surcroît, qui peut prétendre être sûr qu'ils révèlent leurs véritables choix aux sondeurs ? Seules les urnes ont raison.

Ainsi, selon nos simulations, si les élections avaient lieu aujourd'hui, la gauche totale n'obtiendrait plus que 46,5 % des voix au premier tour (contre 49,9 % en juin 2010). La droite et le centre totaliseraient 40,5 % des voix et le Front national, dont on mesure le potentiel électoral, et non celui de sa candidate, obtiendrait 13 % des voix. La cause de ces évolutions tient au ralentissement de la hausse du chômage, néanmoins, la faible crédibilité du président contrecarre cet effet au bénéfice de la gauche. Côté instituts de sondages, la moyenne des intentions de vote pour la gauche au premier tour est plus faible avec 42,7 % des voix (contre 45,6 % en mars 2010). Toutefois, les deux méthodes montrent la même tendance depuis le premier trimestre 2010, signe que l'électorat n'est pas définitivement acquis à la gauche.

Au second tour, modèle et sondages divergent radicalement. Le potentiel électoral simulé de la droite se redresse depuis le premier trimestre 2010 au point de dépasser très légèrement celui de la gauche avec 50,1 %. À l'opposé, la moyenne des sondages pour les quatre grands candidats socialistes ne cesse de progresser avec aujourd'hui 53,8 % des voix.

Au-delà des effets d'un éventuel "push polling" sur DSK et Marine Le Pen et du problème du calcul des reports de voix, cet écart traduit la dégradation de l'image de Nicolas Sarkozy, et sa faible capacité à rassembler l'électorat de droite et du centre au-delà du noyau dur de l'UMP.

A cet égard, nos simulations des législatives sur les 539 circonscriptions de métropole montrent que la gauche ne serait plus, avec 285 sièges, qu'à 4 sièges de la majorité absolue (France entière). Sauf redressement spectaculaire, l'actuel président n'est donc plus à même de faire triompher son camp en 2012, car même s'il l'emportait de justesse à la présidentielle, la cohabitation le guetterait. Existe-t-il un plan B pour la majorité avec François Fillon ? Compte tenu de son niveau de crédibilité, la simulation indique que la majorité battrait la gauche au second tour avec 51,3 % des voix. Aux législatives, la majorité devancerait la gauche de 3 sièges avec 271 sièges contre 268 en métropole. Tout se jouerait alors sur les 27 sièges des Dom-Tom et sur les onze sièges de députés des Français hors de France. Ces quelques éléments permettent d'avancer qu'aujourd'hui une stratégie gagnante pour la majorité pourrait être de placer François Fillon en réserve de la république.

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