L'émergence d'un commerce Sud-Sud

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La montée en puissance du Brésil et de l'Asie du Sud-Est ainsi que le retour de l'origine « mer Noire » changent la donne.

Il est bien révolu le temps où les marchés internationaux de produits agricoles étaient le théâtre de l'affrontement de deux « éléphants », les États-Unis et l'Union européenne. Les nouveaux venus ont modifié en profondeur les équilibres et font surgir en particulier un commerce Sud-Sud : l'explosion de la demande asiatique qui polarise progressivement une part de plus en plus importante des exportations mondiales ; l'émergence en tant que puissance agricole de l'Amérique du Sud et tout particulièrement du Brésil sur les marchés du soja, des viandes, et plus récemment du maïs, à côté de l'Argentine ; le retour de l'origine « mer Noire » sur les marchés des céréales mais aussi des oléagineux, Russie, Ukraine, Kazakhstan renforcent leur appareil de production et leur logistique d'exportation ; en Asie du Sud-Est, la Malaisie et l'Indonésie développent une production d'huile de palme ; la Thaïlande se distingue comme exportateur important sur les marchés du riz, de la volaille et des produits de la mer.

La consommation de blé et de riz reste stable, tandis que celle du maïs est en progression. On note une forte croissance de la consommation d'huiles. Quant à la consommation globale de viandes, les chiffres masquent des évolutions très diverses. En fait, les viandes blanches sont les seules à progresser, tout particulièrement la volaille. Incontestablement, la croissance de la consommation de viande constitue un des éléments déterminants de la demande globale de produits agricoles. Parallèlement aux évolutions des consommations, les marchés ont connu une réorganisation profonde de leurs équilibres tant au niveau des productions que des échanges.

Le marché mondial des grands produits agricoles représente 250 milliards de dollars au total (pour 650 millions de tonnes échangées), répartis entre les oléagineux (40 %), les viandes (25 %) et les céréales (25 % contre 35 % en 1990).

Du côté de la demande, le renforcement du pôle d'importation asiatique se poursuivra, sous l'effet de la démographie et des évolutions de régime alimentaire. Sur la nature des produits importés, difficile d'être catégorique : la Chine a déjà surpris les prévisionnistes qui anticipaient une explosion des importations de blé qui se fait attendre. L'Inde a fait le choix de l'auto-approvisionnement en blé, mais la production nationale n'arrive pas à couvrir les besoins. La zone du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, confrontée à des problèmes d'eau, recourra de manière accrue aux importations (céréales, volailles) pour nourrir sa population.

 

Mais la plus grande inconnue reste l'Afrique subsaharienne. À terme, les besoins seront très importants, puisqu'on prévoit un doublement de la population d'ici à 2050. Le potentiel de développement est par ailleurs considérable. C'est là que se trouve la moitié des disponibilités de terres aptes à l'agriculture. À ce titre, les achats de terres par des fonds souverains ou des investisseurs privés sont à surveiller de près.

Du côté des exportateurs, l'Amérique du Sud, dont l'ambition est de nourrir la planète, renforcera sa présence sur les marchés mondiaux. Les pays de l'ex-URSS disposent également de beaucoup de terres inexploitées. Les États-Unis maintiendront la puissance de leur secteur agricole. Et l'Europe ? C'est à la fois une grande zone importatrice et un exportateur important de blé, de vins, de viandes. Elle continuera d'exporter des céréales mais devra défendre ses productions animales et renforcer leur compétitivité. Enfin, il est certain que les préoccupations de réduction de gaz à effet de serre, le coût de l'énergie, des transports, ne manqueront pas d'influer sur la production agricole mais aussi sur la nature des produits qui feront l'objet de commerce international, accentuant une tendance à favoriser les échanges de produits à forte valeur ajoutée.

 

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