La droite peut gagner en 2012, avec une autre stratégie

Par Bruno Jérôme et Véronique Jérôme-Spéziari, respectivement maître de conférences en sciences économiques à Paris II et maître de conférences en sciences de gestion à Paris-Sud XI.

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Les résultats du premier tour des cantonales offrent le paysage politique d'une majorité prise en tenaille entre les 49,7% de la gauche (lato sensu) et les 15,7% du Front national. Au demeurant, le FN sera présent au second tour dans 402 cantons, soit 28% des cantons où il se présentait. Pire encore pour l'UMP, le FN sera seul face à la gauche dans 266 cantons. Ces résultats confirment les récents sondages dans lesquels, en cas d'une candidature de Dominique Strauss-Kahn, Marine Le Pen éliminerait systématiquement Nicolas Sarkozy.

Les dernières élections cantonales et les sondages d'intentions de vote annoncent-ils la victoire irrémédiable de la gauche face au FN au second tour de la présidentielle de 2012 ? On notera d'abord que les cantonales, hormis en 1979, 1994 et 2001, ne sont pas toujours un "bon" indicateur avancé de la présidentielle. Ensuite, et surtout, les simulations de notre modèle politico-économique tempèrent la perspective d'une défaite de la majorité, à une condition : que Nicolas Sarkozy ne se représente pas ou qu'à défaut l'offre électorale à droite soit plurielle. Ce raisonnement repose sur la comparaison des simulations politico-économiques et de la moyenne des intentions de vote révélées par les instituts de sondages depuis un an. Ainsi, nos calculs effectués sur les sondages montrent que la situation politique s'est profondément modifiée. Au premier tour, le bloc des gauches a reculé de 2,5 points et se stabilise au premier trimestre 2011 à 43,3% des voix. En revanche, la droite parlementaire et le centre s'effondrent, perdant 6,1 points à 38,4%. Enfin, le Front national par un parfait phénomène de vases communicants gagne 8,6 points à 18,4%. Au second tour, la gauche gagne 6,4 points pour obtenir en moyenne 57% des suffrages.

La simulation du modèle politico-économique, sur une période analogue, indique que la gauche recule au premier tour (? 3,19 points) à 46,5%, le bloc de la droite et du centre progresse (+ 3,54 points) à 40,3% et le FN stagne (-0,35 point) à 13,10%. Au second tour, le potentiel électoral de la droite remonte de 3,25 points en un an pour s'établir à 50,5% des voix. Comment expliquer ces tendances pour le moins opposées ? Une partie de l'explication est de nature théorique puisque le modèle en données régionalisées enregistre les gains électoraux pour les sortants de l'amélioration, certes lente, mais réelle, de la situation du chômage, ce qui doit pénaliser autant la gauche que le FN. En revanche, cette remontée est largement handicapée par la chute de crédibilité de Nicolas Sarkozy, autre facteur explicatif important. Ensuite, dans sa forme actuelle, le modèle intègre les déterminants objectifs du vote et non l'image des candidats et les effets éventuels de bulles d'opinion relevant de leur exposition dans les médias que captent immanquablement les sondages. Enfin, nos estimations ne sont sujettes ni au "push polling" ni à des coefficients de redressement dopant tel ou tel candidat sous le feu de l'actualité.

Au final, si la situation économique ne se détériore pas plus d'ici à 2012, la droite conserve ses chances à condition de ne pas être conduite par un président sortant ayant épuisé son stock de crédibilité.

En effet, si Nicolas Sarkozy est le seul candidat de la majorité, comme il le souhaite, une fraction des déçus du sarkozysme n'aura pour autre alternative que l'abstention ou le vote en faveur de Marine Le Pen qui, selon les sondages, et pour l'heure, a des chances de se qualifier pour le second tour à son détriment. Et pourtant, paradoxalement, le potentiel électoral de la droite lato sensu reste au premier tour, et de loin, supérieur à celui de la gauche quelle que soit la méthode d'estimation. Encore faut-il noter que la gauche se trouve renforcée dans les sondages par l'éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn, véritable pompe aspirante (tout comme l'est Marine Le Pen) d'électeurs de droite se sentant orphelins d'une candidature alternative.

Ainsi, en l'absence d'une offre électorale diversifiée, mais crédible, comme en 1995, un 21 avril à l'envers engendrant la victoire de la gauche par défaut, face au Front national, n'est pas à exclure. La tactique consistant à concurrencer le FN sur son terrain ayant, semble-t-il, atteint ses limites, le salut de la majorité pourrait provenir d'une candidature s'attaquant à la fracture sociale, toujours béante. Mais ceux qui incarnent le gaullisme social, François Fillon, voire Dominique de Villepin, vont-ils assumer leurs responsabilités et oser relever ce défi ?

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