Internet sans doute plus fiable que les sondages politiques

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Par Laurent Florès, de l'université Paris II Panthéon-Assas et l'Inseec.

Ce que veulent les électeurs, ce ne sont parfois pas les sondages qui sont les mieux placés pour le révéler. Recherches théoriques et empiriques nous ont convaincus que le "Search" (ou le nombre de requêtes d'un mot-clé sur un moteur de recherche) serait un moyen plus fiable d'être à l'écoute des préférences des Français.

Le Search, vecteur de l'expression d'une "opinion publique", a l'avantage de proposer une révélation non contrainte des préférences quand le sondage est entaché d'un certain nombre de limites. Il constitue pourtant le pain quotidien des politiques et de leurs administrés. Il n'est pourtant pas "un substitut à la réflexion", il soulève des questions que les sondés ne se posent pas, parfois même, il omet des sujets qui intéresseraient les sondés. Mais comment savoir ?

La "Sagesse des foules" peut nous aider en ce domaine. Les thèmes de recherche étant sélectionnés par les individus eux-mêmes, aucun risque qu'ils négligent un sujet qui les préoccupe. Le Search peut alors, selon nous, s'interpréter comme une mobilisation de la "Sagesse des foules" (ou "Wisdom of Crowds", WOC), il en est la résultante empirique et quantifiable et peut s'avérer être un bon outil au service de la prévision électorale. Le nombre de requêtes via un moteur de recherche (ex : candidat X + présidentielle 2012) est en effet un moyen peu coûteux d'obtenir de l'information sur le nombre d'internautes ayant témoigné d'un intérêt pour un sujet donné.

Ainsi, nous pouvons construire des séries longues, outils d'analyse et de prévision des élections. Surowiecki (2004), reprenant Galton (1906), a constaté la pertinence, sous certaines conditions, des estimations de la foule. La diversité des éléments qui la composent et les compétences multiples qui la qualifient sont autant de qualités qui permettent de pouvoir réaliser la juste estimation.

Pour Surowiecki, quatre conditions sont nécessaires : diversité, indépendance, décentralisation du processus de décision, et verdict collectif issu des opinions individuelles agrégées. Une "bonne prévision" passe par l'inventaire de tous les faits pertinents, la sélection d'un nombre fini d'alternatives, un processus optimal et une relation de causalité. Le WOC s'apparente ainsi au "point focal" de Schelling (1960), qui, par la spécularité (anticipation) et la circularité du jugement, conduit aussi à la coordination des comportements.

Google Trends permet la comparaison de termes de recherche (au sens de l'intérêt porté par la foule) via un filtre multicritère (pays, périodicité), à partir de données normalisées (de 0 à 100). Ainsi, l'évolution de l'intérêt porté aux 4 familles politiques des quatre candidats arrivés en tête à la présidentielle de 2007 a souligné une progression de l'UDF au détriment du PS qui s'écroulait.

Cette baisse était corrélée à la hausse de l'intérêt pour la gauche de la gauche. On pouvait donc voir l'erreur de positionnement de Ségolène Royal tentant de rallier François Bayrou pour le second tour, avant même de connaître son résultat du premier tour de l'élection. Elle a entraîné un déplacement de l'électeur médian vers le centre droit tout en s'aliénant l'électorat de gauche.

Quels enseignements pour 2012 ? Aujourd'hui, on constate une érosion de l'intérêt pour le PS au bénéfice de la gauche de la gauche (Front de gauche + NPA + LO) et, dans une moindre mesure, d'Europe Écologie les Verts. Le fait nouveau concerne l'UMP, qui perd 44 points d'intérêt depuis septembre 2007, et ce au bénéfice du FN (+ 16 points) et des divers droite (+ 16 points). L'intérêt pour le Mouvement démocrate ne décolle pas contrairement à 2007.

L'intérêt porté à la droite domine depuis avril 2010. Peut-on en conclure que le candidat pressenti de l'UMP l'emportera en 2012 ? Pas si sûr. Cette domination est soutenue par la montée des diverses droites et du FN en particulier au détriment de l'UMP. Cette dernière est confrontée à un problème d'offre électorale dû à la relative dégradation de la crédibilité de Nicolas Sarkozy (voir Bruno Jérôme et Véronique Jérôme-Speziari, La Tribune 22-02-2011).

Le PS est pénalisé par la montée de l'intérêt pour la gauche "tribunitienne", embourbé par les primaires, l'incertitude sur les candidatures et la stratégie à mener vis-à-vis d'Europe Ecologie les Verts. Si chacun des deux grands partis de gouvernement ne sélectionne pas rapidement son "bon candidat", tout est réuni pour un nouveau "21 avril" dont on ignore encore dans quel camp la principale victime se trouvera.

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