Les vertus du modèle belge de gouvernement

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(Crédits : BLOOMBERG NEWS)
Par Marc Fiorentino, d'Allofinance.com.

Tout a démarré comme une mauvaise blague belge. Ah, ces Belges ! Ils n'ont même pas de gouvernement ! Vous vous rendez compte ? Et dire qu'ils font partie de l'Union européenne ! C'est vraiment n'importe quoi ! Les plaisanteries ont redoublé le 17 février 2011 quand la Belgique a battu le précédent record... de l'Irak. Irak, Belgique, même combat ?

Mais alors que la Belgique "fête" son année sans gouvernement, une année pleine, et alors que la situation semble de plus en plus satisfaire les Belges et même les partis politiques, le ton des commentaires est en train de changer. La blague belge se transforme peu à peu en modèle belge. Et maintenant que la campagne électorale en France a commencé, on se demande si les Français ne sont pas si hésitants sur leurs choix de leurs candidats parce qu'ils rêvent en secret d'une solution belge. "Nous sommes tous des Belges sans gouvernement", pourrait devenir le slogan de cette nouvelle révolution.

Sans gouvernement ? Pas tout à fait. Et c'est là que cela devient passionnant. Il y a un gouvernement en Belgique. Un gouvernement dirigé par Yves Leterme, 48e Premier ministre belge, pourtant battu aux élections. Un gouvernement qui ne peut que "gérer les affaires courantes". C'est tout. Pas plus. Pas moins.

Mais c'est merveilleux, un gouvernement qui gère les affaires courantes ! Sans faire de politique politicienne. Sans faire de spectacle. Sans lancer des réformes spectaculaires comme la loi Tepa du 21 août 2007 "en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat" pour les annuler presque intégralement moins de quatre ans après. Sans accorder des aides aux grandes entreprises et aux banques qui n'en ont pas besoin. Sans penser à la prochaine échéance électorale et au jeu des alliances. Sans accentuer des clivages et des rivalités dans la population. Sans attaquer avec son aviation un pays en laissant un autre pays voisin massacrer tranquillement et quotidiennement des centaines de civils.

Plus de sommets inutiles. Plus de centaines de commissions, de conseils nationaux qui ne débouchent sur rien mais qui permettent de faire plaisir à des personnalités. Plus de cortèges de dizaines de voitures avec gyrophares et de motards pour un simple déjeuner en ville. Plus de primes à la casse qui se transforment indirectement en bonus de présidents de groupes automobiles. Plus de primes de 1.000 euros qui ne satisfont personne et pénalisent les PME qui tentent de s'en sortir. Plus de dépenses publiques inutiles et de frais somptuaires de fonctionnement. Ce n'est pas un rêve, ça ?

Un gouvernement qui gouverne. Depuis combien de décennies n'avons-nous pas eu cela ? Un gouvernement qui gère les affaires courantes. Un vrai fantasme. Est-ce que la Belgique est du coup en dehors du coup ? Non. Sa croissance va être de 1,6% en 2011. Les fonds spéculatifs se sont cassé les dents sur ce qui ne devait être qu'une formalité, alors que faisaient rage la bataille de l'Irlande et la bataille du Portugal. La spéculation n'a pas pu entraîner la Belgique endettée dans la tourmente de la crise de la dette et, aujourd'hui, les taux belges à 10 ans sont nettement plus bas que les taux espagnols et à des années-lumière des taux grecs, irlandais et portugais. La Belgique se paie même le luxe de ramener son déficit budgétaire en dessous de 5%.

Elle a assuré, sans paillettes mais avec efficacité, la présidence tournante de l'Union européenne pendant six mois à partir du 1er juillet 2010 et a joué un rôle actif sur les décisions internationales concernant la Libye. La Belgique nous offre involontairement un modèle d'alternative politique.

Pas celui d'un pays sans gouvernement mais un pays avec un gouvernement qui gère les intérêts de ses habitants au mieux, de façon pragmatique et non dogmatique. Après les exilés fiscaux, la Belgique va-t-elle aussi accueillir les exilés français politiques après les élections de 2012 ?

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