Grèce : vers un partage de l'addition

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Par Valérie Segond, journaliste à La Tribune.

Dans la crise grecque, on savait que, prise isolément, chaque issue de secours menait à une impasse. Obliger les Grecs à respecter les promesses de remboursement faites il y a un an, en les affamant ? Economiquement impossible, tant cette voie achèverait l'économie hellène. Admettre une restructuration franche et brutale de leurs dettes, comme l'ont fait tous les pays qui se sont sortis d'une crise de dettes souveraines ? Financièrement impossible : les banques européennes en sortiraient affaiblies à un moment où le régulateur exige qu'elles se renforcent. Alors, renouveler l'aide européenne en leur prêtant encore 60 milliards d'euros ? Politiquement impossible : de Helsinki à Berlin, de plus en plus de voix s'élèvent pour ne pas faire un chèque en blanc à ces Grecs qui n'ont pas tenu leur parole.

D'autant que le plan d'aide au Portugal vient fort malencontreusement se télescoper avec cette deuxième crise grecque : qui peut encore croire que les Portugais, à qui l'on vient de prêter 78 milliards, respecteront la parole donnée, après le changement de majorité à Lisbonne ? Bref, la question est de savoir comment sortir de cette triple impasse, économique, financière et politique. En évoquant hier, pour la première fois, la restructuration de la dette grecque, fût-elle menée en douceur par un rééchelonnement et/ou une baisse des taux d'intérêt imposés à Athènes, et en reconnaissant implicitement qu'Athènes ne pourrait pas faire face à ses échéances en 2012, le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker a rompu avec la langue de bois officielle qui tronquait la réalité et bloquait la sortie de crise.

Loin d'être anecdotique, ce petit pas a ouvert la voie au compromis qui mènera au partage de l'addition entre les intérêts contradictoires : Athènes, qui va devoir vendre les actifs publics qui pourront l'être ; les banques qui supporteront une partie des pertes ; et les contribuables européens, contraints par l'Union monétaire à la solidarité.

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