Vive la taxation des oeuvres d'art !

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Par Stéphane Soumier, rédacteur en chef de BFM Business.

Vive le CSA !... et accessoirement, vive la taxation des oeuvres d'art ! Je sais, a priori, aucun rapport entre les deux, sauf que, en l'occurrence, la taxation des oeuvres d'art va nous ramener droit sur Facebook !

Le seul débat qui devrait mobiliser nos élites, c'est de protéger la croissance du mur de dettes qui vacille au-dessus de nos têtes. Et l'on sait que la solution, c'est de taxer massivement tout ce qui dort. Frapper fort sur les successions, ce capital qui passe d'une mourante de 95 ans à sa vieille fille qui ne va pas beaucoup mieux, et taxer, bien sûr, massivement, les oeuvres d'art. J'ai entendu, à la fin de la semaine dernière, les cris d'orfraie du peuple des amateurs d'art jusque-là protégés. Ils savent pourtant que la menace rôde depuis un moment : depuis près de quinze ans, la Cour des comptes demande l'intégration des oeuvres d'art dans l'assiette de l'ISF. Intégration qui, d'ailleurs, serait toute symbolique. Dans un article récent, la "Gazette Drouot" calcule que, en raison des précautions "indispensables" à prendre pour protéger la création (exonération des oeuvres présentées au public et des oeuvres d'artistes vivants, par exemple), la taxe rapporterait entre 22,8 et 42,6 millions d'euros en fonction des barèmes qui seraient retenus. Deux réflexions : premièrement, ce n'est déjà pas si mal. En second lieu (comme disait Édouard Balladur), laissons tomber les "précautions indispensables", et frappons fort ! On va perdre "la Joconde" (les promoteurs de l'exonération mettent en avant les risques de fuite à l'étranger) ? Quelle importance, si c'est pour gagner Facebook !

Car il s'agit bien de protéger les seules niches fiscales essentielles : crédit d'impôt recherche et exonération pour les investissements dans les entreprises en croissance. Il faut bien comprendre que nous n'avons pas le choix, les financements pour les entrepreneurs n'ont peut-être jamais été si compliqués à trouver, l'instabilité fiscale gèle totalement la prise de risque, alors que le gisement de croissance est là. Un exemple, il y a dix jours, Google lançait son Wallet, son portefeuille numérique intégré dans le téléphone portable qui rassemble les cartes de fidélité des commerçants. Deux jours avant, j'avais croisé les patrons d'Obad Mobile Marketing, qui propose des solutions révolutionnaires dans le domaine : "le dispositif ISF reste notre seule chance, disaient-ils, les ?business angels? sont trop frileux sur notre secteur."

C'est là qu'intervient le CSA. Magnifique CSA ! Je suis certain que vous avez vu son avis rendu sur Facebook : le CSA considère que le renvoi à l'antenne vers le site Facebook d'une émission ou l'appel à écrire des commentaires sur Twitter relève de la publicité clandestine. Là encore, émoi de la "blogosphère", le CSA n'aurait rien compris au monde moderne, "et pourquoi pas interdire toute référence à Internet ?" me disait même un acteur sérieux du secteur, que je ne citerai pas par charité. Permettez-moi d'écrire qu'au contraire le CSA a tout compris. Facebook et Twitter ne sont pas des créations divines tombées des cieux, ce sont des entreprises commerciales, dont le seul but est le profit, et le seul moteur, l'investissement.

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