Contre le cybercrime, plus d'Internet

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Par Jacques Rosselin, directeur de la rédaction de La Tribune.

Le cybercrime organisé et la cyberdélinquance sont devenus de grosses affaires. On est très loin de l'image gentillette des pirates domestiques qui bravent la Hadopi en téléchargeant de la musique ou des "hackers" libertaires qui s'amusent à défier le système. L'OCDE, dans un rapport publié aujourd'hui, identifie la cybersécurité comme un enjeu stratégique et inclut une "cyberattaque visant une infrastructure critique" dans l'inquiétante énumération des cinq fléaux qui nous menacent. Face à un danger global et multiforme, créé par des ennemis mouvants et mal identifiés, une riposte coordonnée est souhaitable, mais la réunion du premier e-G8 à Paris n'a pas pris la bonne direction. Légiférer ou réguler servira sans doute l'image de quelques gouvernements voulant (se ?) donner l'illusion qu'ils vont terroriser les cyberterroristes, mais ne réglera rien.

Au contraire, toucher à la précieuse "neutralité" du Net en interdisant tel ou tel site ou activité numérique risque de déboucher sur les mesures liberticides, avec surveillance des internautes et des contenus, qui affecteront plus les citoyens que les parrains de ces nouvelles mafias. Et comment prôner une plus grande transparence de nos démocraties sans favoriser l' "open data", c'est-à-dire l'accès de chacun aux données publiques ? Le Net est un univers qui prospère lorsqu'il reste ouvert. Pour atteindre ses objectifs, la lutte contre le cybercrime doit suivre cette voie en associant l'ensemble de ceux qui y travaillent dans un réseau collaboratif, à la manière des développeurs de logiciels ouverts comme Linux, qui avancent d'autant plus vite qu'ils partagent leurs résultats. Les gouvernements devront pour cela changer de culture et essayer de comprendre celle du Net. Plutôt que réguler toujours six mois trop tard dans un domaine où le crime rapporte aujourd'hui plus que l'argent de la drogue, ils doivent investir massivement dans la recherche, le développement, la formation de milliers de professionnels de la sécurité et, bien sûr, dans le fonctionnement du réseau. C'est un placement sûr et à fort rendement.

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