Quel programme PS, si DSK revenait...?
Olivier Lecomte
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Il y a fort à parier que si l'on pouvait établir une statistique des mots employés dans l'ensemble des médias et des conversations, il en est un dont la fréquence a dû décupler le week-end dernier, surtout dans les états-majors politiques. Un mot de deux lettres, l'un des plus simples de la langue française : "si", Pas la note de musique, mais la conjonction qui introduit une hypothèse, comme dans "Et s'il revenait ?". D'aucuns jubilent déjà, sur le mode "si" majeur, imaginant que ce "si" devienne certitude. D'autres, qui l'entendent plutôt sur le mode "si" bémol, doivent prier pour que cela n'advienne pas.
Sans s'appesantir sur le fond de l'affaire, imaginons un instant ce qui se passerait "si"... En particulier, comment une éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn se combinerait avec le projet socialiste adopté dans une belle unanimité il y a quelques semaines.
Plongeons-nous pour cela dans deux documents récents, disponibles sur le Web : le dernier rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulé "Crise et croissance, quelle stratégie pour la France ?" et un autre, publié par le think tank européen Bruegel, "Repenser la politique industrielle". La relation avec DSK ? D'abord, ces études ont deux auteurs communs, tous deux professeurs d'économie, Philippe Aghion et Elie Cohen, réputés proches de l'ancien directeur général du FMI. Et Bruegel est dirigé par Jean Pisani-Ferry, ancien membre du cabinet d'un ministre de l'Économie... nommé DSK. On peut donc imaginer au moins une certaine proximité intellectuelle. Or, les idées - fondées sur des travaux sérieux - énoncées par ces universitaires ne convergent pas avec plusieurs des « 30 propositions » socialistes. Voyons quelques exemples choisis : fusionner impôt sur le revenu et CSG ? (proposition n° 17). "Au total, la fusion entre l'IR et la CSG ne présente pas d'avantage clair, mais de nombreux inconvénients, pour certains très importants", nous dit le CAE. Rétablissement de la retraite à 60 ans et du seuil de 65 ans pour une pension sans décote ? (proposition n° 16). "La réforme des retraites décidée en 2010 [et le] report de 65 ans à 70 ans des décisions unilatérales de l'employeur concernant la mise à la retraite de leurs salariés" vont dans le bon sens, dit le CAE. "Nous allons créer 300.000 emplois jeunes" (proposition n° 4). "Il faut augmenter le taux d'emploi des jeunes en favorisant le cumul emploi-études, qui n'est pas préjudiciable à la réussite aux examens", répond le CAE. "Nous créerons une Banque publique d'investissement, qui investira dans la recherche et l'innovation, soutiendra les PME-PMI..." (proposition n° 1). Pas contre les aides publiques, nous dit Bruegel, mais à la condition qu'elles stimulent la concurrence, les bénéfices de celle-ci étant incontestables. Les deux études ne remettent pas en cause une économie ouverte et libérale, un mot imprononçable au PS.
Olivier Lecomte