Eurogroupe : une solidarité devenue inéluctable
Michel Petite, Clifford Chance, ancien directeur général du service juridique de la Commision européenne
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La question grecque fait irrésistiblement penser à un ancien sketch humoristique. Sur scène, un prestidigitateur exécute des tours ; un compère dans la salle se fait passer pour un spectateur et annonce à l'avance ce que l'artiste va faire. L'artiste, dépité, finit par s'enfuir dans les coulisses.
De même, les salles de marché égrènent ce qui attend la Grèce et la zone euro : « Un prêt à la Grèce... ne suffira pas... Un mécanisme d'assistance... sera insuffisant... La Grèce fera défaut... Le Portugal suivra... Fin de la zone euro. »
Sur la scène, les acteurs politiques s'appliquent à jouer le rôle du prestidigitateur. Mais on s'inquiète : s'enfuiront-ils dans les coulisses ?
Pour l'heure, certaines initiatives telles que la création du Fonds européen de stabilité ont été bien utiles. Mais force est de constater que les marchés estiment que c'est souvent trop peu et trop tard. Il est vrai que les gouvernements et les institutions sont confrontés à un enjeu considérable : la monnaie unique. Cette dernière reste entourée de solides tabous : pas de garantie mutuelle entre États (« no bail-out ») et pas de « défaut » grec.
L'euro était né bancal, au grand dam de ses fondateurs : c'était une construction monétaire forte, mais sans coordination économique correspondante. Jacques Delors, Romano Prodi, et tant d'autres, n'ont cessé de répéter que tôt ou tard, des « chocs asymétriques » le mettraient à l'épreuve. Nous y sommes.
Les marchés ont désormais intégré ce déséquilibre dans leurs opérations quotidiennes. Ils ont compris la nécessité de tenir compte du risque de défaut d'un État de l'Eurozone. Ils savent aussi en jouer.
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En se contorsionnant pour traiter les crises de certains États de façon technique et non politique, les chefs d'État et de gouvernement obtiennent le pire de deux mondes. D'une part, la question de la solidarité de la zone euro est déclassée en obscur et lancinant problème assuré d'encombrer les sommets européens pendant des années. D'autre part, l'incrédulité croissante des marchés autoalimente les crises successives.
Michel Petite, Clifford Chance, ancien directeur général du service juridique de la Commision européenne
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