La face cachée de la politique monétaire américaine

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En maintenant des taux d'intérêt très bas, la Banque centrale américaine ne fait que gagner du temps, sans traiter les problèmes de fond. Les Américains jouent la baisse du dollar, auquel s'arriment les pays émergents. Face à des égoïsmes nationaux d'une intensité croissante, l'Europe reste désarmée.

Si la décision de la Banque centrale américaine, mardi 9 août, de maintenir, jusqu'à la mi-2013, les taux "fed funds" entre 0 et 0,25% a contribué à calmer les marchés financiers, elle n'est pas porteuse que de bonnes nouvelles. Cette mesure confirme les craintes d'un ralentissement de l'économie américaine. Du fait de l'impossibilité d'utiliser l'arme budgétaire, le recours à la politique des taux demeure aujourd'hui l'un des rares instruments conjoncturels encore disponible. Cet instrument n'est pas nouveau car il est utilisé à forte dose depuis 2001. Il est même à l'origine du développement anarchique des subprimes et de la crise de 2008. Cette politique aboutit à modifier la notion de perception des risques et n'encourage pas les investisseurs à se projeter dans l'avenir, compte tenu du faible niveau de rémunération de l'argent. Le risque de trappe à liquidités est important. Il est difficile de faire boire un âne qui n'en a pas envie. En maintenant des taux bas, les autorités monétaires tentent de gagner du temps sans pour autant soigner le malade.

Ce recours aux expédients prend également la forme d'émission de liquidités. La Fed ne s'interdit pas, en effet, de réinjecter des liquidités dans le cadre d'opérations appelées "quantitative easing" même si des oppositions au sein de son Comité de politique monétaire apparaissent. Du fait du retour à la normale de l'inflation, certains estiment nécessaire, pour éviter tout blocage sur le marché interbancaire, d'utiliser pour une troisième fois cette technique qui s'assimile, dans les faits, à la planche à billets. D'autres jugent que le bilan de la banque centrale est de plus en plus déséquilibré et que le recours à cette technique ne fait que transférer des dettes au risque de saper la monnaie.

Nous assistons à la mise en place de pratiques non coopératives entre les différents pays. Les États-Unis jouent de l'arme monétaire pour faire baisser le dollar et pour maintenir les taux d'intérêt bas, ce qui diminue d'autant le coût de leur dette. La chute de leur monnaie doit leur permettre de réduire leur déficit commercial en favorisant leurs exportations. Les pays émergents dont la Chine n'ont de choix que d'arrimer leur monnaie au dollar pour maintenir leurs exportations. A cet effet, ils essaient de limiter les entrées de capitaux qui provoquent l'appréciation de leur monnaie.

Face à cette politique, l'Europe apparaît divisée et immobile. L'absence de consensus constitue son principal handicap. Les marges de manoeuvre de la BCE sont plus faibles que celles de la Fed. Les réticences, voire les oppositions allemandes à l'instauration de mécanismes européens de refinancement des dettes, ont pour conséquence que l'UE subit plus qu'elle n'anticipe les mesures américaines. Le Fonds européen de stabilisation financière est insuffisamment doté. Il n'y a toujours pas de réelles politiques d'interventions pour relancer un pays en proie à des difficultés. Il est assez étonnant que l'agriculture reste le premier, et de loin, budget européen quand ce secteur n'occupe plus que 4% de la population active. Le problème n'est pas de diminuer le budget agricole mais de doter l'Europe de véritables moyens d'interventions structurelles et conjoncturelles. L'Europe est immobile ou trop lente car son calendrier d'actions reste dicté par les institutions de chaque pays membre.

Le recours à des politiques de taux non coopératives peut entraîner l'économie mondiale dans une spirale à la japonaise. Depuis les années 1990, le Japon pratique des taux nuls ou quasi nuls, le déficit et la dette publique avec, comme résultat, la stagnation économique. Du fait des réserves accumulées durant les années 1980 et du déclin démographique, cette stagnation a de moindres conséquences sociales que si elle prenait racine en Europe (en particulier en France ou au Royaume-Uni dont les populations augmentent) ou aux Etats-Unis (dont le modèle social suppose un fort taux de croissance).

Le 15 août 1971, les Etats-Unis décidaient unilatéralement la fin de la convertibilité du dollar avec l'or en raison déjà de problèmes de déficit de la balance des paiements courants. Cette décision a marqué le début de la fin du système de Bretton Woods institué en 1944 afin de faciliter les échanges et de mettre un terme aux pratiques anticoncurrentielles développées après la crise de 1929. Quarante ans plus tard, les mesures unilatérales exceptionnelles redeviennent la règle. La régulation financière et monétaire promise après la crise de 2008 est restée lettre morte. Cette crise du mois d'août 2011 marque le retour des égoïsmes nationaux. Si les principes, qui ont prévalu à l'instauration d'échanges libres et équilibrés en 1944 à travers la création du FMI, du Gatt devenu OMC et de la Banque mondiale, demeurent encore, l'esprit qui les sous-tend semble de plus en plus faible.

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