Frédéric Gonand : « Augmenter la fiscalité, voilà une maladie française »

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Copyright Reuters (Crédits : FRANCOIS DABURON)
Pour le professeur associé en économie à Paris Dauphine, il est préférable d'assumer le coût des erreurs passées en réduisant les dépenses publiques.

Quelle est la nature de la crise actuelle ?

Deux événements ont marqué cet été. D'une part, la poursuite de la crise au sein de la zone euro, d'autre part, ce qui a été absolument nouveau, la baisse du « rating » de la dette souveraine américaine. Ces deux événements nous conduisent sur des chemins de plus en plus inconnus, et dangereux.

S'agissant des États-Unis, les flux de capitaux, notamment en provenance d'Asie depuis 1997, pourraient devenir plus volatils après la révision de la note américaine. Cette volatilité n'est jamais favorable à la croissance mondiale. Par ailleurs, la notion de taux d'intérêt sans risque, correspondant jusqu'ici à un investissement dans les bons du trésor américains, les fameux T bonds, est en train de disparaître. C'est inédit. Il en résulte une incertitude importante, et une montée des primes de risque qui renchérit le coût du capital, ce qui nuit à la croissance. Si les bons du Trésor allemand, les « bunds », venaient à attirer les capitaux à la recherche de placements sans risque, cela contribuerait à faire grimper l'euro face au dollar, avec, évidemment, une perte de compétitivité européenne à la clé, donc de croissance.

Quelle devrait être la réaction des gouvernements européens ?

Ce fut une erreur d'admettre des pays tels que la Grèce au sein de la zone euro, c'en serait une autre, aujourd'hui, de les laisser tomber en acceptant la banqueroute de l'un d'eux. L'ensemble de l'union monétaire deviendrait une zone incertaine, d'où une montée des primes de risque et un renchérissement du coût du capital. Il est préférable d'assumer le coût des erreurs passées et, malheureusement, de continuer à signer des chèques au profit de la Grèce...

En France, l'exécutif va bientôt arbitrer le budget 2012. Quel doit être le signal donné, dans le contexte actuel ?

En France, il faut garder le cap déjà fixé : réduire le déficit public sans trop accélérer l'allure (autrement dit, le ramener comme prévu de 5,7 % du PIB en 2011 à 4,6 % en 2012), et éviter de céder aux Cassandre des marchés qui réclament une baisse drastique et immédiate de ce déficit. Le risque serait grand, alors, de casser la croissance.

Comment s'assurer du respect de cet objectif ?

Au besoin, en mettant en oeuvre quelques mesures nouvelles, un peu au-delà de ce qui a déjà été prévu.

Comme la suppression de niches fiscales ?

Cette stratégie, qui consiste à augmenter les impôts, témoigne d'une maladie française : on préfère toujours un accroissement de la fiscalité à des coupes dans les dépenses, plus délicates à réaliser. Or, d'un point de vue économique, dans un pays où la dépense publique atteint des sommets, la solution des économies est la meilleure car la moins coûteuse en termes de croissance. Il convient donc de privilégier la piste de nouvelles économies en dépense.

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